Les responsables des organisations musulmanes de France s'entredéchirent

Les responsables des organisations musulmanes de France s'entredéchirent

Un article paru dans le Journal du Dimanche du 27 décembre a mis le feu aux poudres. Le recteur de la grande Mosquée de Paris dénonce l'influence de "la composante islamiste" au sein du Conseil français du culte musulman, chargé par l'Elysée d'un projet de "conseil national des imams". Il reproche à un dirigeant du CFCM d'avoir sabordé les discussions sur la charte des valeurs.

(Avec AFP) - Le recteur de la grande Mosquée de Paris a annoncé, lundi 28 décembre, son retrait du projet de « conseil national des imams » (CNI), voulu par l’Elysée et confié au Conseil français du culte musulman (CFCM), en dénonçant l’influence de « la composante islamiste » au sein de ce dernier. « J’ai décidé (…) de ne plus participer aux réunions qui visent à mettre en œuvre le projet du “conseil national des imams” et de geler tous les contacts avec l’ensemble de la composante islamiste du CFCM », écrit le recteur, Chems-Eddine Hafiz, dans un communiqué.

Le projet d’un « conseil national des imams » chargé de certifier la formation de ces derniers en France a été poussé avec insistance par l’Elysée dans le cadre de son projet de loi contre l’islam radical et les « séparatismes ». La création d’une telle instance, maintes fois évoquée mais jamais concrétisée, avait été formellement demandée par Emmanuel Macron lors de son discours aux Mureaux, en octobre, au cours duquel il a présenté sa stratégie de lutte contre les « séparatismes ».

La pression pour mieux encadrer l’islam de France avait encore augmenté avec l’assassinat de Samuel Paty et l’attentat de Nice.

« Charte des valeurs républicaines »

Ce projet a été confié au CFCM, principal interlocuteur de l’Elysée sur les questions d’organisation du culte musulman en France. Le CNI doit délivrer un agrément aux imams en fonction de leurs connaissances et de leur engagement à respecter un code de déontologie.

Les neuf fédérations de mosquées qui composent le CFCM, régulièrement critiqué pour son manque de représentativité, devaient d’abord se mettre d’accord au début de décembre sur une « charte des valeurs républicaines ».

« Malheureusement, la composante islamiste au sein du CFCM, notamment celle liée à des régimes étrangers hostiles à la France, a insidieusement bloqué les négociations en remettant en cause presque systématiquement certains passages importants » de la charte, critique le recteur de la grande Mosquée de Paris. Des « membres de la mouvance islamiste » auraient fait croire « que cette charte avait pour ambition de toucher à la dignité des fidèles musulmans », détaille Chems-Eddine Hafiz. C’est « un mensonge éhonté », dit-il.

« J’estime que la représentation des musulmans mérite autre chose (…) que des agissements douteux entourés d’actions qui cherchent à diviser la communauté nationale et à séparer les Français de confession musulmane de leur société », écrit-il encore.

La charte des valeurs avait défini l'islamisme

La charte des valeurs allait ainsi jusqu'à définir clairement l'islamisme : "Par islam politique, la présente charte désigne les courants politiques et/ou idéologiques appelés communément : wahhabisme ; salafisme ; doctrine des Frères musulmans ; et plus généralement toute mouvance locale, transnationale ou internationale qui vise à utiliser l'islam afin d'asseoir une doctrine ­politique, notamment parmi celles dont les textes fustigent la démocratie, la laïcité, l'égalité entre les femmes et les hommes ou qui fait la promotion de l'homophobie, de la misogynie, de l'antisémitisme, de la haine religieuse, et plus généralement toute idée ou pensée qui contesteraient, directement ou indirectement, les principes fondamentaux énoncés dans la Déclaration universelle des droits de l'homme." Mais ce passage avait été supprimé à la demande de trois fédérations, qui allaient jusqu’à proposer leur propre version de la charte. 

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L'article du JDD

Le communiqué de la Grande Mosquée de Paris