Ecrit Par Maglor — Les Marocains ont voté ce 23 septembre 2026 pour renouveler la Chambre des représentants. Aucun des 395 sièges n'est attribué à une circonscription de l'étranger. Pas de vote direct dans les consulats, pas de circonscription extraterritoriale, pas de représentation parlementaire propre à la diaspora : le scrutin reproduit une architecture que les Marocains du monde contestent depuis plus de vingt ans.
Une contribution économique sans contrepartie politique
Le contraste est régulièrement rappelé par les associations de la diaspora. Les transferts des Marocains résidant à l'étranger constituent la troisième source de devises du Royaume, avec des flux annuels qui dépassent les 120 milliards de dirhams. Ces sommes soutiennent la consommation des ménages, l'immobilier et, de plus en plus, l'investissement productif. Elles n'ouvrent en revanche aucun droit de représentation directe au Parlement.
Cette dissociation entre contribution financière et représentation politique est au cœur de la revendication. Elle est d'autant plus sensible que la Constitution de 2011 semble avoir tranché la question dans son principe.
Ce que dit l'article 17 de la Constitution
L'article 17 de la Constitution de 2011 reconnaît aux Marocains résidant à l'étranger la plénitude des droits de citoyenneté, y compris le droit de vote et d'éligibilité aux élections locales, régionales et nationales. Le texte renvoie toutefois à la loi le soin de déterminer « les conditions et les modalités » d'exercice effectif de ces droits depuis les pays de résidence.
C'est dans ce renvoi que réside le blocage : quinze ans après l'adoption de la Constitution, la loi organique nécessaire n'a pas produit de circonscriptions de l'étranger. Le principe est acquis, son application reste suspendue.
Le vote par procuration, solution par défaut
Dans l'intervalle, les MRE inscrits sur les listes électorales générales peuvent voter par procuration. Le ministère des Affaires étrangères et le ministère de l'Intérieur ont mis en place une plateforme électronique, « E-Procuration », destinée à dématérialiser la démarche : désignation d'un mandataire résidant au Maroc, validation consulaire, transmission à l'autorité électorale.
Le dispositif réduit les déplacements et les délais postaux, mais il conserve trois limites structurelles. Il suppose une inscription préalable sur une liste électorale au Maroc, ce que beaucoup de MRE de deuxième et troisième génération n'ont jamais faite. Il confie le vote à un tiers, ce qui altère le caractère personnel du suffrage. Et il n'offre aucune visibilité statistique : le nombre réel de procurations exercées depuis l'étranger n'est pas publié de manière consolidée.
Quatre partis, quatre formules
Les formations politiques marocaines ne sont pas unanimes, mais aucune ne défend le statu quo. Le PPS plaide pour le vote dans les consulats. Le PJD défend le vote direct avec création de circonscriptions extraterritoriales. L'Istiqlal propose soixante sièges répartis par grandes régions de résidence. L'USFP avance le chiffre de trente sièges supplémentaires.
Ces propositions diffèrent sur le nombre et le mécanisme, mais convergent sur un point : la représentation doit être institutionnalisée plutôt que compensée par des dispositifs consultatifs. Le Conseil de la communauté marocaine à l'étranger, créé en 2007 comme instance consultative, n'a jamais été perçu comme un substitut au suffrage.
De la facilitation à l'institutionnalisation
Le débat s'est déplacé au cours de la dernière décennie. La question n'est plus tellement de faciliter la participation — les procédures se sont effectivement simplifiées, notamment avec la numérisation — mais de savoir si la diaspora disposera un jour d'élus qui la représentent en tant que telle. Cinq millions de Marocains vivent hors du Royaume, soit l'équivalent de la population de plusieurs régions administratives prises ensemble.
La prochaine législature héritera donc d'un dossier ouvert depuis l'engagement royal du début des années 2000. Les modalités techniques — inscription en ligne, bureaux consulaires, découpage des circonscriptions par zone géographique — ont été documentées par plusieurs rapports. Ce qui manque n'est pas l'ingénierie électorale, mais la décision politique de l'appliquer.
Sources : mre.gov.ma, LeBrief.ma, Le Matin, Le360, Afrik.com, LesEco.ma