Ecrit Par Maglor — Les transferts de fonds des Marocains résidant à l'étranger ont atteint 74,78 milliards de dirhams à fin juillet 2026, en progression de 8,1 % sur un an, selon l'Office des changes. Une performance qui confirme la régularité remarquable de cet apport en devises — et qui relance une question ancienne : à quoi sert cet argent ?
Une progression continue
La trajectoire de l'année est nette. Les transferts dépassaient 29,7 milliards de dirhams à fin mars, s'établissaient à 50,22 milliards à fin mai (contre 46,16 milliards un an plus tôt, soit +8,8 %), pour atteindre près de 75 milliards fin juillet. Le mois d'août, marqué par les retours estivaux, devrait encore accélérer le rythme.
Cette constance mérite d'être soulignée. Les envois de la diaspora marocaine ont résisté à la crise financière de 2008, à la pandémie, à l'inflation européenne de 2022-2023 et au resserrement monétaire qui a suivi. Là où les investissements directs étrangers fluctuent au gré de la conjoncture mondiale, les transferts familiaux suivent une logique différente — celle de l'obligation morale et du lien familial, largement insensible aux cycles économiques.
Un pilier des équilibres extérieurs
Les MRE occupent une place centrale dans l'apport en devises du Royaume, aux côtés du tourisme, des exportations et des investissements étrangers. Cette position n'est pas symbolique : elle conditionne la capacité du pays à couvrir ses importations, à stabiliser le dirham et à maintenir un niveau de réserves de change rassurant pour les créanciers.
Les investissements directs étrangers ont par ailleurs progressé de 58,5 % pour atteindre 29,47 milliards de dirhams à fin juillet 2026, tandis que le flux net des investissements marocains à l'étranger s'établissait à +6,86 milliards. L'amélioration simultanée de ces agrégats explique le renforcement observé des équilibres extérieurs.
Le débat sur la canalisation de l'épargne
C'est là que se situe la discussion la plus intéressante. Le Maroc a entrepris de mobiliser l'épargne et les envois de fonds de sa diaspora afin de les orienter plus efficacement vers le développement et l'investissement productif, notamment par l'amélioration des stratégies nationales en direction des MRE.
Le constat de départ est connu : l'essentiel des transferts finance la consommation courante des familles et l'acquisition immobilière. Rien d'illégitime — ces flux soutiennent le pouvoir d'achat de millions de personnes et ont transformé des régions entières. Mais leur contribution à la création d'entreprises, à l'industrie ou à l'innovation reste marginale au regard des volumes engagés.
Les obstacles sont documentés depuis longtemps par les travaux de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique et d'autres institutions : information insuffisante sur les opportunités, complexité administrative des procédures, difficulté à piloter un projet à distance, défiance à l'égard de certains intermédiaires. Les dispositifs de cofinancement et de garantie existent, mais leur notoriété au sein de la diaspora demeure faible.
Une génération qui change la donne
Un facteur démographique pèse sur l'avenir de ces flux. La première génération d'émigrés, celle du lien familial direct et de l'envoi mensuel, vieillit. Les deuxième et troisième générations, nées et scolarisées en Europe, entretiennent un rapport différent au pays d'origine : moins d'obligations d'entretien, mais parfois plus de capacité d'investissement et de compétences transférables.
Adapter les dispositifs à ce profil — jeunes cadres, entrepreneurs, professionnels qualifiés cherchant un projet plutôt qu'un devoir — constitue probablement l'enjeu des prochaines années. La question n'est plus seulement de capter des devises, mais d'attirer des compétences et des capitaux qui ont le choix de leur destination.
Sources : Office des changes, CEA-ONU, presse économique marocaine.