Ecrit Par Maglor — En Algérie, le marché des changes parallèle continue de creuser l'écart avec le taux officiel. À la date du 21 septembre 2026, l'euro s'échange à 277 dinars algériens (DA) sur le marché informel, tandis que la Banque d'Algérie affiche un cours officiel de 153,32 DA pour un euro. La différence dépasse désormais 120 dinars, soit un premium de près de 80 % sur le taux officiel.
Un écart record qui interpelle
Pour comprendre l'ampleur du phénomène, une comparaison simple suffit : 100 euros échangés au taux parallèle rapportent 27 700 DA, contre seulement 15 332 DA au guichet officiel d'une banque. Cette différence considérable explique pourquoi le marché informel attire toujours de nombreux particuliers et opérateurs économiques souhaitant convertir leurs avoirs.
Selon les observateurs du marché des changes, ce niveau de 277 DA à l'euro s'est maintenu de manière stable au cours des dernières semaines, sans fluctuation majeure. Cette stabilité relative du marché parallèle contraste avec les tensions qui peuvent agiter d'autres économies de la région.
Les raisons structurelles du marché parallèle
L'existence d'un double marché des changes en Algérie trouve ses racines dans plusieurs facteurs structurels. D'abord, le contrôle strict des changes imposé par l'État limite l'accès aux devises étrangères via les canaux officiels. Les importateurs, les épargnants et les particuliers souhaitant envoyer de l'argent à l'étranger ou constituer une épargne en devises se tournent souvent vers le marché informel pour contourner ces restrictions.
Ensuite, la demande de devises reste soutenue par les besoins d'importation non couverts par les circuits officiels, ainsi que par une défiance persistante envers le dinar comme réserve de valeur dans un contexte d'inflation chronique. Les prix à la consommation ont fortement progressé en Algérie ces dernières années, poussant les ménages à chercher des actifs refuges.
Des conséquences économiques significatives
Cet écart béant entre les deux taux de change a des répercussions concrètes sur l'économie algérienne. Pour les entreprises important des matières premières ou des équipements, le recours au marché parallèle renchérit considérablement les coûts de production, alimentant en retour l'inflation. Pour les Algériens de la diaspora qui envoient des transferts de fonds vers leur pays, l'écart peut constituer une opportunité ou une complexité selon le canal utilisé.
Les autorités algériennes sont conscientes du problème. Des opérations ponctuelles de répression du marché noir des devises ont été menées par les services de sécurité, mais sans parvenir à éliminer durablement ce circuit parallèle, tant que les causes structurelles persistent : rigidité du contrôle des changes, écart de taux d'inflation, et méfiance envers la monnaie nationale.
Vers une convergence des taux ?
La question d'une unification des taux de change reste posée en Algérie. Certains économistes plaident pour une dévaluation contrôlée du dinar officiel, qui permettrait de réduire mécaniquement l'écart avec le marché parallèle. D'autres mettent en garde contre les risques inflationnistes d'une telle mesure dans un pays très dépendant des importations.
En attendant d'éventuelles réformes monétaires, le marché parallèle des devises continue de fonctionner comme un baromètre non officiel de la santé économique du pays, avec un euro qui se maintient bien au-dessus de ce que les guichets bancaires proposent officiellement.