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Tribune : écoles privées en Algérie, la souveraineté éducative ne doit pas se décréter contre le plurilinguisme

Ecrit Par Maglor — Le nouveau cahier des charges des écoles privées algériennes, annexé au décret exécutif n° 26-310, tranche avec netteté : programmes nationaux uniquement, enseignement en arabe dans toutes les matières hors langues étrangères, interdiction de toute préparation à des examens étrangers. Sur le principe, un État a toute légitimité à définir ce que l'on enseigne à ses enfants. Reste à savoir si le chemin choisi sert réellement l'école.

Une exigence légitime de cohérence nationale

L'argument des autorités est recevable. Un système éducatif sert aussi à fabriquer du commun : une langue partagée, une histoire partagée, des références partagées. Lorsque des établissements privés proposent des parcours parallèles, calqués sur des programmes étrangers, le risque est celui d'une école à deux vitesses, accessible aux familles aisées et déconnectée du reste du pays. Exiger un socle national, encadrer les financements étrangers, contrôler les agréments : tout cela relève de la responsabilité normale d'un ministère.

Le risque de confondre souveraineté et fermeture

Le danger apparaît quand la défense de la langue nationale devient exclusion des autres langues comme véhicules du savoir. L'Algérie est un pays où le français, l'anglais, le tamazight et l'arabe dialectal coexistent dans la vie réelle, dans les universités, dans les entreprises, dans les familles. Interdire à une école de s'appuyer sur un programme étranger, même complémentaire, c'est prendre le risque d'appauvrir l'offre pour les élèves qui visent les filières scientifiques, médicales ou techniques où l'anglais et le français restent des outils de travail.

Le texte prévoit des sanctions précises : mise en demeure de 30 jours, puis retrait d'agrément et fermeture. Cette sévérité peut protéger l'intérêt des élèves si elle est appliquée avec discernement. Elle peut aussi fragiliser des écoles qui, jusqu'ici, répondaient à une demande réelle sans que l'État n'ait proposé d'alternative équivalente.

Ce que la diaspora peut en penser

Pour les familles franco-algériennes, la question est concrète. Beaucoup envisagent un retour, un retour partiel ou des études des enfants des deux côtés de la Méditerranée. Un enseignement entièrement arabisé n'est pas un problème en soi, mais l'absence de passerelles vers les cursus européens pourrait compliquer les parcours. La véritable réponse n'est pas l'interdiction pure et simple, mais la qualité : une école publique et privée assez bonne pour que personne n'ait besoin d'aller chercher ailleurs.

Pour un débat, pas un diktat

Le cahier des charges est aujourd'hui un texte ; son effet dépendra de la manière dont il sera appliqué école par école, des délais accordés et de la capacité du ministère à offrir un enseignement des langues étrangères de haut niveau, que le texte autorise expressément. Une souveraineté éducative réussie ne se mesure pas au nombre de programmes interdits, mais à la capacité d'un pays à garder ses enfants ouverts sur le monde tout en les enracinant dans leur langue. C'est ce débat, public et argumenté, qu'il faut maintenant ouvrir.

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