Ecrit Par Maglor — Un décret exécutif signé par le Premier ministre Sifi Ghrieb, publié le 13 octobre 2026 au Journal officiel, crée un « Comité permanent de suivi et de traitement des demandes d'importation ». Placée auprès du ministère du Commerce extérieur et de la Promotion des exportations, cette instance s'ajoute à l'arsenal par lequel l'État encadre depuis plusieurs années les achats à l'étranger.
Une instance interministérielle et bancaire
Le comité est présidé par le ministre du Commerce extérieur ou son représentant. Il réunit le ministre des Finances, le gouverneur de la Banque d'Algérie, le responsable de l'Association des banques et établissements financiers (ABEF) et celui du Conseil national consultatif des entreprises (CREA), chacun pouvant se faire représenter. La présence conjointe de l'administration, de la banque centrale, des banques commerciales et du patronat montre que l'enjeu est autant monétaire que commercial.
Quatre missions
Le texte assigne quatre tâches principales. Le comité examine chaque demande d'importation et rend un avis, y compris pour les importations réalisées par un opérateur pour son propre compte afin de satisfaire ses besoins de production ou de service. Il traite en urgence les produits à caractère sensible ou prioritaire, nécessaires à l'approvisionnement du marché national ou au fonctionnement des unités de production. Il propose des mesures pour faciliter le traitement des demandes. Enfin, il évalue périodiquement les données de la plateforme numérique sur laquelle les demandes sont enregistrées.
Un contexte de contrôle accru
Cette création s'inscrit dans la logique du guichet numérique d'enregistrement des importations et dans le durcissement des conditions d'accès aux devises. Mercredi 14 octobre, devant des chefs d'entreprise réunis à Alger, le président Abdelmadjid Tebboune a dénoncé, selon la presse, les « tentatives d'épuiser » les réserves de change du pays par certains opérateurs. Le décret apparaît comme l'outil administratif de cette préoccupation : filtrer les demandes, privilégier les produits essentiels et suivre les flux avec des données consolidées.
Entre sécurisation et lourdeur
Pour les pouvoirs publics, l'intérêt est double : protéger les réserves de devises et éviter les ruptures sur les biens jugés stratégiques. Un point de passage unique, avec la banque centrale à la table, doit réduire les arbitrages dispersés entre administrations et les risques de surfacturation, un phénomène que les autorités ont régulièrement dénoncé.
Pour les importateurs, la question sera celle des délais. Un comité composé de hauts responsables peut accélérer les décisions sur les produits prioritaires, mais il peut aussi devenir un goulot d'étranglement si le volume de dossiers est important. La mission de « proposer des mesures de facilitation » indique que les rédacteurs du décret ont anticipé cette critique, sans toutefois fixer de délai de réponse dans les éléments connus du texte.
Les consommateurs et les industriels guetteront les effets concrets : disponibilité des intrants, stabilité des prix et traitement des petits opérateurs. L'évaluation périodique des données de la plateforme pourrait, si elle est publiée, offrir une mesure objective de l'efficacité du dispositif.
À suivre : l'arrêté ou les instructions d'application qui préciseront le fonctionnement du comité, la fréquence de ses réunions et les critères retenus pour qualifier un produit de « sensible » ou « prioritaire ».