Ecrit Par Maglor — Parmi les partenaires européens de l'Algérie, l'Italie est celle qui a le plus clairement fait de l'Afrique un axe de sa politique étrangère, à travers le « Plan Mattei » porté par la présidente du Conseil Giorgia Meloni. Longtemps cantonnée à l'énergie, la relation italo-algérienne s'étend désormais à l'agriculture, un secteur où Alger cherche à réduire sa dépendance aux importations.
Le Plan Mattei, un cadre de coopération assumé
Baptisé en hommage à Enrico Mattei, fondateur du groupe ENI et partenaire de l'Algérie dès les années 1950, le Plan Mattei se présente comme une tentative de rééquilibrer les relations entre l'Europe et l'Afrique sur une base « gagnant-gagnant » : investissements, transferts de technologie, co-développement et valorisation des ressources locales. L'Algérie, premier fournisseur de gaz de l'Italie, en est l'un des partenaires les plus naturels.
L'agriculture comme second pilier
Le symbole de ce virage est le salon Sipsa Filaha & Agrofood, tenu à Alger du 26 au 29 mai 2025 au Safex. Pour sa 23e édition, l'Italie était invitée d'honneur et a dépêché une importante délégation, se classant deuxième par le nombre d'exposants selon les responsables italiens. Le sous-secrétaire d'État italien à l'Agriculture, Luigi D'Eramo, y a plaidé pour « une agriculture forte et durable » construite avec l'Algérie.
Le projet phare est porté par le groupe italien Bonifiche Ferraresi, qui a signé en 2024 un accord avec le Fonds national d'investissement algérien : la production de blé dur et de légumineuses à Timimoun, dans le Sahara. L'objectif affiché est de fabriquer des pâtes italiennes à partir de blé dur cultivé en Algérie. L'Italie souhaite désormais étendre sa présence à la production de viande rouge.
Ce que chacun y gagne
Pour l'Algérie, l'enjeu est de sécuriser l'approvisionnement en céréales et en produits alimentaires, dans un pays encore largement importateur. Le président Tebboune a lui-même promis ces dernières semaines le passage d'une économie administrée à une économie plus libre, ce qui ouvre la porte à davantage de partenariats avec des investisseurs étrangers. L'agriculture saharienne, appuyée par l'irrigation et la mécanisation, fait partie des chantiers prioritaires.
Pour l'Italie, il s'agit de diversifier ses approvisionnements au-delà du gaz, de soutenir ses entreprises agroalimentaires et de renforcer sa présence en Méditerranée, à un moment où l'Europe cherche à sécuriser ses chaînes d'approvisionnement.
Des défis à surmonter
La réussite de ces projets dépendra de plusieurs facteurs : la disponibilité de l'eau dans le Sud, la rentabilité des cultures sahariennes, les circuits de transformation et de distribution, et la stabilité du cadre réglementaire. L'expérience montre aussi que les annonces tardent parfois à se traduire en volumes de production. Le suivi par des chiffres publics, hectares cultivés, tonnages, emplois créés, sera un indicateur utile pour mesurer les résultats réels du partenariat.
Un partenariat à suivre
Dans un contexte où les prix de l'énergie et des céréales restent élevés, la coopération agricole entre Alger et Rome illustre une évolution des relations euro-maghrébines : moins centrées sur une seule ressource, davantage tournées vers des chaînes de valeur partagées. Pour les Algériens d'Europe, notamment ceux installés en Italie et en France, c'est aussi un signe que les ponts économiques entre les deux rives de la Méditerranée se diversifient.
Source : TSA Algérie.