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Sous couvert d’enquête, un récit à charge : le documentaire de Benoît Bringer en question

Benoît Bringer - Maglor

 

Maglor - Diffusé le dimanche 5 avril à 21h05 sur France 5, dans le cadre de « Le Monde en face », le documentaire de Benoît Bringer promettait de décrypter les dessous d’une relation franco-marocaine aussi dense que complexe. À l’occasion du 70e anniversaire de l’indépendance du Maroc, le sujet offrait une matière riche, nuancée, presque évidente pour un traitement équilibré. Le résultat, lui, laisse un goût nettement plus amer.

Car derrière l’habillage d’une enquête sérieuse, Benoît Bringer livre en réalité un récit à charge, où la nuance semble avoir été soigneusement écartée au montage. Le Maroc y apparaît moins comme un partenaire stratégique que comme un objet de suspicion permanente. Une vision réductrice, presque mécanique, qui interroge autant qu’elle dérange.

Le procédé est connu : accumulation de séquences suggestives, choix d’intervenants orientés, montage appuyé — tout concourt à installer une atmosphère de doute. Mais où est le contradictoire ? Où sont les voix qui auraient pu apporter équilibre et profondeur ? En les écartant, le réalisateur ne se contente pas de simplifier la réalité : il la déforme.

Plus surprenant encore est le décalage entre l’ambition affichée et le contenu proposé. Là où l’on pouvait attendre une réflexion sur les transformations profondes du Maroc — son rôle croissant en Afrique, ses réformes économiques, sa coopération sécuritaire avec l’Europe — le documentaire préfère recycler des polémiques anciennes, parfois fragiles, souvent sorties de leur contexte.

Il ne s’agit pas ici de nier les zones de tension ou les débats légitimes. Toute relation internationale en comporte. Mais encore faut-il les traiter avec rigueur. À force de privilégier le soupçon à l’analyse, Benoît Bringer donne le sentiment de suivre un scénario déjà écrit, où les faits viennent s’ajuster à une conclusion décidée d’avance.

Le timing de diffusion, lui non plus, n’est pas anodin. À l’heure où Paris et Rabat amorcent un rapprochement stratégique, ce type de production agit moins comme un éclairage que comme un brouillage. Une coïncidence qui mérite, au minimum, d’être interrogée.

Au fond, ce documentaire pose une question essentielle : peut-on encore parler d’enquête lorsque l’équilibre disparaît au profit d’un récit orienté ? En choisissant une approche aussi univoque, Benoît Bringer ne se contente pas de critiquer — ce qui serait parfaitement légitime — il enferme le débat dans une grille de lecture étroite, où la complexité n’a plus sa place.

Ce qui aurait pu être un moment de compréhension devient alors une occasion manquée. Pire encore, une illustration des dérives d’un certain journalisme, où l’intention semble parfois prendre le pas sur la réalité.

Et c’est sans doute là le véritable problème : à vouloir trop démontrer, on finit par ne plus convaincre.

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