Maglor.fr - L'Algérie fait de ses infrastructures ferroviaires un axe central de sa stratégie de développement économique. En 2026, plusieurs chantiers d'envergure franchissent des étapes décisives, avec un investissement total qui dépasse les 2 340 milliards de dinars (soit environ 18 milliards de dollars). Ces projets, conçus pour désenclaver les régions productrices et dynamiser l'industrie minière, témoignent d'une ambition nationale sans précédent dans le secteur des transports.
La ligne minière Béchar-Tindouf-Gara Djebilet : l'exploit du désert
Le projet le plus emblématique de cette grande vague d'investissement est sans conteste la ligne ferroviaire minière reliant Béchar, Béni Abbès, Tindouf et Gara Djebilet sur un tracé de 950 kilomètres. Ce méga-chantier, qualifié de « première ligne ferroviaire lourde jamais construite à travers un désert en Afrique », vise à transporter le minerai de fer de Gara Djebilet — l'un des plus grands gisements de fer au monde avec des réserves estimées à 3,5 milliards de tonnes — jusqu'aux ports et complexes sidérurgiques du nord du pays.
Les avancées sont concrètes : les essais techniques préliminaires ont débuté le 6 janvier 2026, plus de 22 kilomètres d'ouvrages d'art ont déjà été réalisés, et sept gares ferroviaires ont été finalisées, s'étendant d'El Abadla à Hammaguir. Ce projet, qui devrait permettre à l'Algérie d'atteindre une production de 20 millions de tonnes de minerai à l'horizon 2032, constitue la colonne vertébrale de la future industrie sidérurgique nationale.
La ligne Est pour le phosphate : connecter Tébessa aux marchés mondiaux
Le deuxième grand chantier ferroviaire de 2026 concerne le transport du phosphate depuis les mines de Bled El-Hadba, dans la wilaya de Tébessa, jusqu'à Oued Keberit (wilaya de Souk-Ahras) via une ligne dédiée de 422 kilomètres. L'Algérie ambitionne ainsi de valoriser ses immenses réserves en phosphate, parmi les plus importantes d'Afrique du Nord, pour les exporter sous forme de phosphate brut et d'engrais phosphatés.
Plusieurs tronçons de cette ligne minière Est devaient être réceptionnés en 2026, permettant une mise en service progressive du corridor industriel. Ce projet s'inscrit dans la stratégie plus large de diversification économique voulue par le président Abdelmadjid Tebboune, qui cherche à réduire la dépendance de l'économie algérienne aux hydrocarbures.
La ligne des Hauts-Plateaux : désenclaver l'intérieur du pays
Au-delà des lignes minières, 2026 marque aussi l'achèvement du dernier tronçon de la ligne des Hauts-Plateaux, qui doit relier les grandes villes de l'intérieur du pays — Tiaret, Tissemsilt, Aïn Defla — au réseau ferroviaire national. Cette ligne vise à améliorer la mobilité des populations des régions enclavées et à stimuler le développement économique d'un arrière-pays longtemps marginalisé par rapport aux zones côtières.
Le projet Alger-Tamanrasset : l'horizon 2030
Encore plus ambitieux, le projet de la ligne ferroviaire Alger-Tamanrasset — qui traverserait le Sahara sur plus de 2 000 kilomètres — a officiellement entré dans sa phase de réalisation. Ce corridor transcontinental, dont l'achèvement est prévu à l'horizon 2030, devrait à terme relier le nord de l'Algérie aux pays du Sahel, positionnant Alger comme un hub logistique continental entre la Méditerranée et l'Afrique subsaharienne.
Un investissement stratégique pour l'après-pétrole
L'ensemble de ces projets s'inscrit dans un programme d'investissement public massif de 7 milliards de dollars dans les infrastructures de base en 2026. Le rail est au cœur de cette stratégie : non seulement pour transporter les matières premières, mais aussi pour structurer le territoire, réduire les coûts logistiques, et améliorer la compétitivité de l'industrie algérienne sur les marchés internationaux.
Si ces chantiers tiennent leurs promesses, l'Algérie pourrait transformer sa géographie en atout économique majeur — faisant de son immensité territoriale, longtemps perçue comme un handicap, le levier d'une nouvelle puissance industrielle et logistique régionale.