Écrit par la rédaction Maglor.fr - Alors que l'Union européenne accélère sa transition énergétique et cherche à s'affranchir du gaz russe, l'Algérie s'impose chaque mois davantage comme un partenaire incontournable. Entre des exportations en constante progression et un méga-projet de gazoduc transsaharien en chantier, Alger joue désormais une carte énergétique de tout premier plan.
L'Algérie, deuxième fournisseur de gaz par gazoduc de l'UE
Les chiffres parlent d'eux-mêmes. Sur les quatre premiers mois de l'année 2026, l'Union européenne a importé 49 milliards de mètres cubes de gaz par gazoducs, soit une hausse de 2 % par rapport à la même période en 2025. Dans ce contexte, l'Algérie consolide sa position de deuxième fournisseur de gaz par gazoduc du continent européen, assurant environ 22 % des importations par canalisations.
Les exportations algériennes vers l'Espagne ont progressé de 7 % au premier quadrimestre 2026, et celles à destination de l'Italie ont augmenté de 4 % sur la même période. Le gaz transite notamment via le gazoduc TransMed, qui relie l'Algérie à la Sicile en passant par la Tunisie, et via le Medgaz vers l'Espagne. Parallèlement, la production algérienne de gaz naturel a atteint 29 milliards de mètres cubes au premier trimestre 2026, contre 27,86 milliards au même trimestre de 2025 — une progression nette qui témoigne de la montée en puissance du secteur.
Le contexte : l'Europe se dégage du gaz russe
Ce regain d'intérêt pour le gaz algérien s'inscrit dans une dynamique plus large. La part du gaz russe dans les importations européennes est tombée de 45 % en 2021 à environ 12 % en 2025, à la suite de l'invasion de l'Ukraine. L'Union européenne s'est fixé comme objectif de réduire encore davantage cette dépendance d'ici 2027. Dans ce contexte, les gazoducs algériens représentent une alternative fiable, géographiquement proche et techniquement opérationnelle.
L'Agence internationale de l'énergie a d'ailleurs mis en garde les pays membres contre tout retour à une dépendance accrue au gaz russe, qualifiant une telle orientation d'« erreur économique et politique ». C'est dans ce vide que l'Algérie avance ses pions.
Le gazoduc transsaharien (TSGP) : le grand projet qui change la donne
Au-delà des exportations actuelles, c'est le gazoduc transsaharien (TSGP) qui concentre toutes les attentes. Le 4 juin 2026, les ministres de l'énergie de l'Algérie, du Nigéria et du Niger ont officiellement lancé les travaux du tronçon algérien depuis le champ gazier d'Aoulef, à proximité d'Adrar.
Ce projet colossal s'étend sur 4 128 kilomètres, reliant les gisements gaziers de Warri, au sud du Nigéria, au hub de Hassi R'Mel en Algérie, avant d'exporter vers l'Europe via les infrastructures existantes. Sa capacité de transport est estimée à 30 milliards de mètres cubes par an, ce qui permettrait — à terme — à l'Algérie seule ou en relais avec ses partenaires africains, d'alimenter une part très significative de la consommation européenne.
L'Algérie, pivot géopolitique de l'énergie africaine vers l'Europe
Le TSGP repositionne l'Algérie non plus seulement comme producteur national, mais comme plateforme de transit et d'export pour toute la région subsaharienne. Grâce à son réseau de pipelines, à ses installations de traitement à Hassi R'Mel et à sa position géographique entre l'Afrique et l'Europe méditerranéenne, le pays se retrouve au cœur d'un nouveau corridor énergétique mondial.
Face à ce projet, la concurrence est réelle : le gazoduc Nigeria-Maroc, alternatif, tente de tracer une route atlantique. Mais selon les analystes, le projet algérien bénéficie d'une avance décisive : son infrastructure en partie déjà existante lui confère un avantage en termes de délais et de coûts. Le projet Nigeria-Maroc, de son côté, peine encore à attirer les investisseurs nécessaires à son financement.
Une opportunité historique pour l'Algérie
Pour l'Algérie, le moment est historique. Le pays dispose des réserves, des infrastructures et de la volonté politique pour s'ériger en fournisseur énergétique de premier plan pour l'Europe des prochaines décennies. L'UE, de son côté, a clairement signifié son intérêt pour un partenariat renforcé avec Alger dans le cadre de sa stratégie de diversification. Ce rapprochement énergétique pourrait également servir de levier pour renforcer les relations diplomatiques et économiques entre les deux rives de la Méditerranée.
Si le TSGP tient ses promesses et si les exportations algériennes continuent leur trajectoire ascendante, l'affirmation selon laquelle « l'Algérie pourrait alimenter toute l'Europe » cessera d'être une hypothèse pour devenir une réalité géopolitique et économique.
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