Ecrit Par Maglor.fr - Le secteur du tourisme dans les pays du Maghreb connaît en 2026 des dynamiques très contrastées. Tandis que le Maroc enchaîne les records et s'impose comme la première destination touristique d'Afrique, l'Algérie tente un rattrapage ambitieux à horizon 2029, et la Tunisie consolide prudemment ses acquis. Tour d'horizon chiffré d'une région qui recompose son rapport au tourisme mondial.
Le Maroc : locomotive touristique du Maghreb
Le Maroc s'impose comme le moteur incontesté du tourisme maghrébin. Sur les huit premiers mois de 2026 (janvier-août), le Royaume a enregistré 14,1 millions d'arrivées touristiques, selon les chiffres du ministère du Tourisme. Cette performance représente une progression de 4,5 % par rapport à la même période de 2025, soit environ 608 000 arrivées supplémentaires.
Le mois d'août 2026 a marqué une étape historique : pour la première fois, plus de 2 millions de touristes ont été accueillis en un seul mois. L'année 2026 n'étant pas encore terminée, le Maroc est en bonne voie pour dépasser son propre record annuel de 19,8 millions de visiteurs établi en 2025.
Ces résultats s'inscrivent dans une montée en puissance durable. En 2024, le Maroc avait accueilli 17,5 millions de touristes, s'imposant comme la première destination touristique d'Afrique, devant l'Égypte. Cette même année, les touristes étrangers (8,8 millions) ont pour la première fois dépassé les Marocains Résidant à l'Étranger (8,6 millions) dans les statistiques d'arrivées.
L'ambition marocaine est encore plus haute : le Royaume vise 26 millions de touristes annuels d'ici 2030, année où il co-organisera la Coupe du monde de football avec l'Espagne et le Portugal. Pour atteindre cet objectif, Rabat s'appuie sur des destinations établies comme Marrakech et Agadir, un réseau aérien dense, et un fort ancrage sur les marchés européens — la France et l'Espagne figurant en tête des pays émetteurs.
L'Algérie : un potentiel immense, un retard à combler
L'Algérie se trouve dans une position radicalement différente. En 2025, le pays a accueilli un peu plus de 3,5 millions de touristes — soit environ 5,7 fois moins que le Maroc pour la même année. Mais Alger n'entend pas rester dans cet écart.
Le gouvernement algérien a inscrit le tourisme au cœur de sa stratégie de diversification économique. Dans le cadre de son plan touristique 2026-2028, la ministre du Tourisme, Houria Meddahi, a annoncé un objectif ambitieux : atteindre 8 millions de touristes d'ici 2029, soit plus du double de la fréquentation actuelle.
Pour y parvenir, Alger entend valoriser plusieurs filières : le tourisme côtier et balnéaire, les circuits sahariens, le tourisme de montagne (Kabylie, Aurès), le tourisme d'affaires, culturel et religieux. Des efforts sont également engagés pour augmenter les capacités d'hébergement, faciliter l'investissement étranger dans le secteur et simplifier les procédures de délivrance des visas — un frein historique au développement du tourisme entrant.
Si l'Algérie atteint son objectif de 8 millions en 2029, elle aura réalisé une progression remarquable. Mais l'écart restera considérable : à cette date, le Maroc visera déjà les 26 millions. La comparaison illustre à quel point l'Algérie part de loin dans la course au tourisme international, malgré un potentiel géographique et patrimonial considérable.
La Tunisie : la résilience d'une destination mature
Entre les deux géants du Maghreb touristique, la Tunisie joue sa propre partition. Sur les six premiers mois de 2026, le pays a enregistré 4,546 millions d'entrées de visiteurs non-résidents, soit une progression de 2,1 % par rapport à la même période de 2025. À fin juillet, la fréquentation totale atteignait environ 5,8 millions de visiteurs (+2,6 %).
Les recettes touristiques confirment la bonne santé du secteur : sur le premier semestre 2026, elles ont atteint 3,352 milliards de dinars (plus d'un milliard d'euros), en hausse de 8,3 % par rapport à 2025. Ce dynamisme économique témoigne d'une montée en gamme progressive de l'offre tunisienne.
La Tunisie a d'ailleurs réalisé la meilleure performance de mars 2026 dans la région : une hausse de 26 % des arrivées touristiques selon l'Organisation Mondiale du Tourisme (OMT), soit la progression la plus forte enregistrée parmi les destinations du Maghreb et du nord de l'Afrique sur ce mois.
Le ministre du Tourisme, Sofiane Tekia, a affiché l'objectif de dépasser le cap des 12 millions de touristes pour l'ensemble de 2026. Un défi qui suppose notamment de résoudre les tensions persistantes dans le secteur aérien, qui freinent les arrivées depuis certains marchés européens.
Comparaison : trois pays, trois vitesses
Le tableau du tourisme maghrébin en 2026 peut se résumer à trois vitesses bien distinctes. Le Maroc, avec 14,1 millions d'arrivées en huit mois, joue déjà dans une autre catégorie. La Tunisie, avec près de 5,8 millions à fin juillet, reste une destination solide et mature, bien qu'éloignée du leadership régional. L'Algérie, à 3,5 millions sur l'année 2025, ferme la marche, mais affiche les ambitions de croissance les plus fortes.
La différence ne tient pas uniquement aux atouts naturels ou patrimoniaux — les trois pays en disposent — mais à des facteurs structurels : politique de visa, connectivité aérienne, investissement hôtelier, marketing international et stabilité du cadre institutionnel. Sur ces dimensions, le Maroc a pris une avance considérable, forgée au fil d'une stratégie touristique nationale cohérente sur plus de deux décennies.
Vers un Maghreb touristique plus compétitif ?
La montée en puissance simultanée des trois pays du Maghreb dans le secteur touristique ouvre une perspective intéressante. Leur complémentarité géographique et culturelle pourrait, à terme, faire de la région un espace touristique intégré attractif à l'échelle mondiale. Des circuits combinant les richesses du Maroc (médinas impériales, Atlas, désert), de l'Algérie (Sahara, ruines romaines, casbah d'Alger) et de la Tunisie (Carthage, Djerba, Sahara) représentent un potentiel inexploité.
Mais cette vision suppose une coopération régionale encore balbutiante, dans un contexte de relations souvent tendues entre Alger et Rabat. Tant que les frontières terrestres entre le Maroc et l'Algérie resteront fermées — comme c'est le cas depuis 1994 — et que les obstacles à la libre circulation se maintiendront, le Maghreb touristique restera une promesse plutôt qu'une réalité.
En attendant, les chiffres de 2026 parlent d'eux-mêmes : le Maroc à 14,1 millions d'arrivées, la Tunisie à 5,8 millions, l'Algérie à 3,5 millions en 2025. Trois trajectoires, un même défi : faire du Maghreb une destination de choix sur la carte du tourisme mondial.