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Dr. Mohammed Mraizika : L’impossible passage des MRE de Zmagri à Citoyen

Est-ce une malédiction d’un genre particulier qui frappe, depuis un demi-siècle,  les Marocains résidant á l’étranger en les maintenant dans l’état permanent de Zmagri ?
Ou s’agit-il tout bonnement d’une volonté délibérée et entretenue qui vise à tuer en eux tout espoir et toute espérance d’accéder à un statut de citoyen à part entière dans leur propre pays?
Nous n’avons cessé de chercher des réponses logiques à cette situation paradoxale : plus de 6 millions de ressortissants marocains, des plus fidèles et des plus contributifs à l’essor de leur pays, sont privés d’une représentativité politique et parlementaire légitime. 

Dénoncer cet état de fait et ce déni de droit nous l’avons fait. Nous n’avons cessé de souligner les effets pervers du report systématique de la mise en œuvre et la décongélation des droits des MRE affirmés par la Constitution de 2011 (articles 16-17-18-163). Car ce report porte en lui les germes de la colère et l’explication du désintérêt des jeunes générations MRE de la choses politique nationale. Les quelques propositions émanant de partis politiques ont le mérite d’exister, certes, mais elles sont sitôt proposées sitôt tuées dans l’œuf sous des motifs et des prétextes dont la logique reste difficile à comprendre.
Nous avons maintes fois pointé le décalage entre des discours royaux qui sont limpides, porteurs d’instructions et de recommandations explicites qui rendent espoir et justice aux MRE, et leur mise en œuvre par les gouvernements successifs. Alors que les discours royaux reconnaissent, à sa juste valeur, l’apport des MRE au développement économique et humain du Maroc et saluent leur contribution à la défense de son intégrité et de ses intérêts légitimes, les politiques qui leurs sont destinées tardent à prendre de la hauteur et s’élever au niveau voulu par Sa Majesté le Roi.
Nous n’avons cessé de plaider, avec objectivité et sérieux, pour une réalité simple qui a fait ses preuves ailleurs : le renforcement des capacités d’action, d’initiative et de proposition d’une diaspora est la voie la plus sûre pour dynamiser sa contribution économique et favoriser son rôle dans la diplomatie parallèle au profit de son pays d’origine.  

    Malheureusement, c’est la méthode d’obstruction et la logique de l’exclusion qui agissent dans le cas de la Jaliya marocaine. Lorsqu’il s’agit d’évoquer la question de l’effectivité de ses droits politiques et civiques annoncés par la Constitution de 2011, les prêcheurs du malheur sortent de leur tanière pour s’y opposer. Il en va de même de la représentation des MRE dans les instances de bonne gouvernance et de régulation prévus par cette même loi..
   Cette injustice doit cesser. Il en va de la relation des jeunes générations de la Jaliya avec le pays de leurs ancêtres et de leurs parents. 

   Ce déni flagrant, injuste, de droit que subit la Jaliya doit en principe susciter des élans d’union en son sein. Et ce ne sont pas les associations qui manquent. Elles se comptent par milliers. Ce ne sont pas non plus les élites et les compétences qui manquent, ni les bonnes volontés. Mais, là aussi, on est stupéfié lorsque nous constatons que l’origine du mal qui fait que les MRE ne sont pas en mesure de faire valoir leurs droits, de faire respecter leurs points de vue et défendre leurs projets, n’est par extérieur à la Jaliya. Ce mal se trouve bien en son sein et a pour nom la désunion qui rend presque impossible l’émergence de véritables Unions ou de Fédérations capables de porter ses revendications légitimer et de peser sur les politiques publiques nationales. Et ce ne sont ni l’agitation ni l’opportunisme de certains individus qui sont de nature à faire évoluer les choses et rendre possible ce passage des MRE de simples Zmagris à CITOYENS à part entière. La refonte du CCME et la création d’une Fondation ou de l’Agence culturelle ne sont pas des largesses destinées à satisfaire des ambitions. Elles sont plutôt envisagées comme moyens de corriger les déviances et de combler les insuffisances dont ont fait preuve les différentes instances chargées de gérer les affaires des Marocains résidant à l’étranger.
Par conséquent, il est encore temps d’agir afin de remédier à la politique d’exclusion qui frappe les MRE et qui va les priver, encore une fois, de la participation aux élections de septembre prochain. Les réponses à cette situation de blocage politique et institutionnel existent déjà. Le discours royal du 6 novembre 2005 en offre des réponses claires : « création des circonscriptions législatives électorales à l'étranger » afin de permettre aux Marocains Résidant à l’Etranger de « choisir leurs députés dans la première Chambre du Parlement ».

Est-ce commettre une hérésie lorsqu’on demande l’application stricto-sensu des recommandations royales ? 

Est-ce illégitime lorsqu’on demande l’application des principes annoncés par la Constitution de 2011 (articles 16-17-18-163) ?

En tout état de cause, que tous ceux qui œuvrent dans l’ombre pour rendre impossible l’accès des MRE à leurs droits constitutionnels, et que tous ces opportunistes sans scrupule qui essayent de prendre quelques miettes d’un jeu politique et électoral biaisé, en prétendant représenter la Jaliya, sachent que la Jaliya est majeure et qu’elle n’a besoin ni de « parrains » ni de tuteurs pour parler en son nom. Exiger d’elle de voter par « procuration » et s’obstiner à garder congeler ses droits constitutionnels, est une insulte grossière faite à son intelligence. Que cela soit dit : la Jaliya est capable de faire sortir de son sein des hommes et des femmes intègres, des compétences reconnues et confirmées et des patriotes sincères disposés à répondre aux appels de Sa Majesté le Roi et à participer avec force et engagement à tous les chantiers décidés et conduits avec résolution par Sa Majesté chérifienne pour le bien d’un Royaume chérifien prospère et stable. 

Est-ce trop demander ?

M.MRAIZIKA (historien, écrivain, consultant en Sciences Humaines).

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