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La compétence des MRE, reconnue jusqu’à l’Université de Pékin

 

Maglor - Invité d’honneur du Quatrième Congrès mondial triennal sur le marxisme, tenu en octobre 2025 à l’Université de Pékin, le professeur marocain Mohamed Najim, actuellement en poste à l’Université de Bordeaux, a été le premier intervenant de cette rencontre académique internationale. Son témoignage, retraçant cinquante années de coopération avec l’élite scientifique chinoise, met en lumière le rôle stratégique des compétences marocaines établies à l’étranger dans les grandes transformations scientifiques mondiales.

Invité d’honneur du Quatrième Congrès mondial triennal sur le marxisme, tenu les 11 et 12 octobre 2025 à l’Université de Pékin, le professeur Mohamed Najim a incarné, par sa présence et son intervention inaugurale, le rayonnement académique du Maroc sur la scène scientifique internationale. Présidée par le président de l’Université de Pékin, la séance d’ouverture du congrès a été marquée par la première conférence du professeur Najim, consacrée à un témoignage unique sur la genèse de la politique scientifique chinoise.

Intitulée « Cinquante ans de relations avec l’élite scientifique chinoise, croisement de route avec le Dr Song Jian et genèse de l’intelligence artificielle en Chine », son intervention retrace les racines profondes du développement scientifique et technologique de la Chine contemporaine. Elle s’appuie sur une relation intellectuelle et humaine initiée dès 1978 avec le Dr Song Jian, figure majeure de la cybernétique chinoise, proche de Deng Xiaoping, ancien ministre de la Science et de la Technologie et vice-Premier ministre.

À la suite des orientations stratégiques fixées en 1978 par Deng Xiaoping, faisant de la science et de la technologie la quatrième priorité nationale après l’agriculture, l’industrie et la défense, la Chine s’est engagée dans une transformation profonde de son système de recherche. Le professeur Najim en a été un témoin privilégié. Invité en 1982 par le Dr Song Jian pour un séjour scientifique en Chine, notamment à Shanghai, il y anime des séminaires doctoraux dont les contenus donneront lieu à des publications de référence chez Masson et John Wiley.

Moment fondateur de cette coopération, l’été 1985 voit l’organisation à Pékin, sous son impulsion, de la première grande conférence scientifique internationale en Chine après la Révolution culturelle, avec le soutien d’institutions prestigieuses telles que l’IEEE, l’IFAC, l’UNESCO et l’UNIDO. Cet événement marque la réintégration de la Chine dans la communauté scientifique mondiale et ouvre la voie aux grands programmes structurants du pays.

Parmi eux, le programme 863 (1986) pour l’acquisition des technologies clés, puis le programme 985 (1998), lancé à l’occasion du centenaire de l’Université de Pékin, ont profondément transformé l’enseignement supérieur chinois. Les programmes 211 et 212 viendront renforcer cette dynamique, avec pour objectif de hisser plus d’une centaine d’universités chinoises au premier rang mondial. Aujourd’hui, des établissements comme Tsinghua, classée 18ᵉ au classement de Shanghai, ambitionnent ouvertement de dépasser Harvard à l’horizon 2030.

Parallèlement, le professeur Najim a joué un rôle de passeur entre la Chine, le Maroc et l’Occident. Il a accueilli de nombreux chercheurs chinois au sein du laboratoire qu’il dirigeait à la Faculté des sciences de Rabat, contribué à la réflexion stratégique sur la structuration de la recherche scientifique au Maroc (rapport IRES, 2010), fondé l’ENSIAS en tant que directeur fondateur nommé par dahir, et porté plusieurs projets européens visant à intégrer les universités marocaines dans l’espace scientifique européen. Son parcours lui a valu la plus haute distinction royale marocaine en 2000.

Ardent défenseur des partenariats entre université et industrie, il a également noué des collaborations structurantes avec l’OCP au Maroc et la société Total en France, pour laquelle il a créé et dirigé pendant quinze ans un laboratoire commun Total–CNRS–Université de Bordeaux.

 

Une trajectoire qui éclaire l’actualité

L’expérience du professeur Najim résonne directement avec les analyses récentes soulignant l’ascension spectaculaire des universités chinoises dans les classements internationaux. Là où certains observateurs occidentaux découvrent aujourd’hui ce basculement avec surprise, son témoignage rappelle que cette réussite est le fruit d’une stratégie de long terme, méthodiquement construite depuis la fin des années 1970, plaçant la science, l’université et l’innovation au cœur du projet national chinois.

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