Ecrit Par Maglor — La diplomatie française au Maghreb traverse une période de recomposition profonde. Entre le «Partenariat d'exception renforcé» signé avec le Maroc et la tentative de désescalade avec Alger, Paris jongle avec des intérêts parfois contradictoires dans une région en pleine mutation géopolitique.
Le partenariat franco-marocain renforcé
La visite d'État d'Emmanuel Macron au Maroc en octobre 2024 avait posé les bases d'un nouveau cadre de coopération bilatérale. Ce «Partenariat d'exception renforcé» s'articule autour de trois piliers : la convergence politique et stratégique, le développement économique et la cohésion sociale, ainsi que la coopération en matière d'autonomie stratégique. Deux ans plus tard, ce partenariat commence à se concrétiser dans des domaines aussi variés que la transition énergétique, l'industrie de défense et la gestion des flux migratoires.
La difficile réconciliation franco-algérienne
Les relations franco-algériennes ont connu une période de turbulences marquées, avant d'entrer dans une phase de désescalade prudente. L'Institut de Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) souligne que derrière cette apparente normalisation, les enjeux restent nombreux : mémoire coloniale, souveraineté économique, politique de visas, et positionnement d'Alger sur l'échiquier géopolitique mondial.
L'Algérie, qui reconfigure activement sa carte diplomatique avec des rapprochements vers Washington, mais aussi vers le Mali et le Niger, entend maintenir avec Paris une relation utile mais non exclusive.
La réconciliation Maroc-Algérie : un chantier diplomatique majeur
Le diplomate américain Massad Boulos, conseiller de Donald Trump, avait effectué plusieurs visites à Alger et Rabat durant l'été 2025, posant les jalons d'un accord de réconciliation maroco-algérien annoncé à mi-octobre 2025. Si cette normalisation entre les deux voisins du Maghreb reste fragile, elle pourrait transformer durablement l'architecture géopolitique de la région, avec des répercussions directes sur les intérêts français.
Une France en recherche de repositionnement
La cheffe de la diplomatie française a récemment défendu la politique de la France au Maghreb, soulignant la nécessité d'un «exercice d'équilibriste» entre des partenaires aux intérêts divergents. La France entend préserver ses liens historiques tout en s'adaptant à des réalités nouvelles : montée en puissance de la Chine et de la Russie dans la région, aspiration des pays maghrébins à une plus grande autonomie stratégique, et pression croissante des diasporas établies en France sur la politique étrangère de Paris.