Ecrit Par Maglor — Paris et Rabat préparent la signature d’un traité bilatéral d’un genre nouveau, destiné à structurer leurs relations pour les décennies à venir. Ce serait le premier accord de ce type conclu par la France avec un pays non européen, ce qui en dit long sur la place qu’occupe désormais le Maroc dans la diplomatie française.
Sortir de la logique des à-coups
La relation franco-marocaine a connu ces quinze dernières années une succession de refroidissements et de réchauffements : contentieux judiciaires, crises consulaires, restrictions de visas, divergences sur le Sahara. Chaque brouille a coûté cher aux deux économies et aux familles franco-marocaines.
L’ambition affichée du futur traité est précisément de mettre fin à cette instabilité en inscrivant la coopération dans un cadre juridique contraignant, moins dépendant des alternances politiques et des crises ponctuelles. Le chef de la diplomatie marocaine a décrit le futur texte comme un accord politique, juridique et historique sans précédent.
Un périmètre très large
Selon les éléments rendus publics, le traité couvrirait la diplomatie, le commerce, l’investissement, les infrastructures, l’énergie et la sécurité. Plusieurs accords sectoriels ont déjà été signés à Paris ces derniers mois, préparant le terrain à un texte-cadre plus général.
Un comité mixte, composé d’une douzaine de personnalités des deux pays, a été chargé de formuler des propositions sur l’avenir de la relation. Son mandat porte explicitement sur un horizon de trente ans, ce qui traduit une volonté de planification longue, rare en diplomatie bilatérale.
Énergie et infrastructures au cœur du dispositif
Les domaines économiques cités ne sont pas neutres. Le Maroc s’est positionné comme un acteur régional des énergies renouvelables et de l’hydrogène vert, deux secteurs où les entreprises françaises cherchent des partenariats industriels. Les projets d’interconnexion électrique entre les deux rives de la Méditerranée, les grands chantiers ferroviaires et portuaires marocains, ainsi que les échéances sportives internationales que le Royaume s’apprête à accueillir, ouvrent des perspectives concrètes.
Ce que cela change pour les Franco-Marocains
Pour les quelque 1,5 million de personnes qui vivent cette relation au quotidien — binationaux, familles transnationales, entrepreneurs — l’enjeu est très concret. Les périodes de crise diplomatique se sont traduites par des délais de visa allongés, des rendez-vous consulaires saturés et des procédures administratives ralenties.
Un cadre stabilisé devrait, en théorie, réduire ces à-coups. Reste à savoir quelle place le texte final accordera à la mobilité des personnes, à la reconnaissance des diplômes et aux droits sociaux des travailleurs, sujets qui intéressent directement la diaspora mais qui figurent rarement au premier rang des priorités négociées.
Un calendrier suspendu à une visite d’État
La signature formelle est associée à une visite d’État du roi Mohammed VI en France. La date n’a pas été officialisée, mais les deux capitales évoquent l’horizon 2026.
Au-delà du symbole, l’efficacité du traité se mesurera à ses mécanismes de suivi : instances de dialogue régulières, engagements chiffrés, calendrier de mise en œuvre. Sans ces outils, un accord-cadre risque de rester déclaratif. Avec eux, il pourrait devenir le modèle d’une nouvelle génération de relations euro-maghrébines, observée de près à Alger comme à Tunis.
Sources : ministère marocain des Affaires étrangères, Atalayar, Finances News Hebdo, Atlasinfo.