Ecrit Par Maglor — Depuis le début du mois de septembre 2026, des signalements évoquent un ralentissement des livraisons de gaz algérien vers l'Italie. Si aucune confirmation officielle n'a encore été apportée par les autorités des pays concernés, l'affaire met en lumière la fragilité des corridors d'approvisionnement énergétique qui relient l'Algérie à l'Europe méridionale.
Des rumeurs qui inquiètent Rome
C'est le média spécialisé italien Staffetta Quotidiana qui a le premier évoqué ce ralentissement, citant une source unique non identifiée. Selon cette source, certains volumes de gaz auraient été retenus du côté tunisien avant d'atteindre le terminal de Mazara del Vallo, en Sicile, point d'arrivée du gazoduc Transmed. Le ministère italien de l'Environnement et de la Sécurité énergétique (Mase) a indiqué suivre le dossier de près, sans toutefois confirmer publiquement l'existence d'une perturbation durable.
Ni Sonatrach, le géant public algérien de l'énergie, ni les autorités algériennes n'ont à ce jour communiqué officiellement sur ces allégations. L'origine exacte du ralentissement reste donc indéterminée : problème technique ponctuel sur le réseau, modification des volumes contractuels ou opération de maintenance non annoncée — toutes les hypothèses restent ouvertes.
Le Transmed, artère vitale de l'Europe du Sud
Le gazoduc Transmed constitue l'une des infrastructures énergétiques les plus stratégiques de la Méditerranée. Il relie les installations algériennes de Hassi R'Mel, au cœur du Sahara, jusqu'à la Sicile en traversant le territoire tunisien, puis via une liaison sous-marine. Cette configuration géographique fait de la Tunisie un point de transit incontournable — et donc un maillon potentiellement vulnérable — de l'approvisionnement gazier italo-algérien.
L'Italie dépend fortement de cette route pour son approvisionnement en gaz naturel. L'Algérie représente environ un tiers du gaz consommé dans le pays, une dépendance renforcée depuis 2022, lorsque Rome a accéléré sa diversification énergétique en réponse à la réduction drastique des importations russes après le début de la guerre en Ukraine.
Des réserves élevées, mais une vigilance de mise
Si les signalements suscitent de l'inquiétude, l'Italie aborde la période hivernale avec un niveau de stockage rassurant. Selon les données de Snam et de Gas Infrastructure Europe (GIE), les réserves italiennes atteignaient 85 % de leur capacité maximale le 18 septembre 2026. Cette marge de sécurité offre une certaine résilience face à d'éventuelles perturbations passagères.
Cependant, la conjoncture reste tendue. Snam a enregistré une hausse de 15 % des consommations de gaz en août, portée par une demande accrue du secteur électrique en raison des fortes chaleurs estivales et d'une baisse de la production hydroélectrique. Cette dynamique de consommation pourrait réduire les marges de manœuvre à mesure que la demande de chauffage augmentera avec l'arrivée de l'automne.
Les enjeux géopolitiques d'un partenariat stratégique
Au-delà de la question technique, cet épisode rappelle les enjeux géopolitiques qui entourent le partenariat énergétique algéro-italien. Depuis 2022, les échanges commerciaux entre les deux pays ont atteint des niveaux records, dépassant 12 milliards d'euros en 2025, avec le secteur gazier en position dominante. Cette interdépendance a fait de l'Algérie un partenaire incontournable pour l'Italie, qui a multiplié les visites diplomatiques à Alger ces dernières années.
La situation met également en lumière le rôle de la Tunisie comme pays de transit, dont la stabilité et le bon fonctionnement des infrastructures conditionnent en partie la fiabilité des livraisons. En attendant des précisions officielles de Sonatrach, du Mase ou des autorités tunisiennes, les marchés gaziers européens restent attentifs à l'évolution de cette situation.