Ecrit Par Maglor — La relation entre Rabat et Madrid poursuit sa normalisation par étapes. Le 19 août 2026, le roi Mohammed VI et le roi Felipe VI ont présidé au palais des hôtes de Rabat la signature de onze accords de coopération bilatérale. Le 10 septembre, le ministère marocain des Affaires étrangères a apporté des précisions publiques sur l'état de ces relations, réaffirmant l'attachement du Royaume à son partenariat avec l'Espagne.
Ce que couvrent les onze accords
Les textes signés en août portent sur un éventail large : coopération économique, régulation financière, sécurité, formation, infrastructures. Parmi eux, un mémorandum d'entente entre l'Autorité marocaine du marché des capitaux et la Comisión Nacional del Mercado de Valores espagnole organise l'assistance mutuelle entre les deux régulateurs boursiers. Ce type d'accord technique, peu médiatisé, conditionne pourtant les opérations transfrontalières des entreprises et l'accès des investisseurs d'un pays au marché de l'autre.
Le volet régional n'est pas absent : à Rabat, quatre projets d'entreprises catalanes ont fait l'objet de protocoles d'accord pour un investissement cumulé de 500 millions de dirhams. La Catalogne, premier bassin industriel espagnol, est aussi l'une des régions les plus engagées dans la sous-traitance avec le Maroc, notamment dans le textile et l'agroalimentaire.
Une architecture héritée de 2022
Ce rythme de signatures s'inscrit dans le cadre défini par la déclaration conjointe du 7 avril 2022, qui avait mis fin à une crise diplomatique de plus d'un an. Le document posait quatre piliers : bon voisinage géographique, entente politique, partenariat économique et coopération sécuritaire. Les réunions de haut niveau, dont la treizième s'est tenue selon ce cadre, servent depuis de véhicule à la production d'accords sectoriels.
Cette méthode a un avantage : elle rend la relation moins dépendante des humeurs politiques, puisque chaque accord crée ses propres routines administratives. Elle a aussi une limite : les sujets les plus sensibles — délimitation des espaces maritimes, statut de Ceuta et Melilla, gestion des flux migratoires dans le détroit — restent traités séparément, souvent hors des annonces officielles.
L'économie comme socle
L'Espagne est le premier partenaire commercial du Maroc, devant la France, avec des échanges qui dépassent les 20 milliards d'euros annuels. Cette imbrication est particulièrement forte dans l'automobile, où les usines marocaines alimentent les chaînes de montage espagnoles, et dans l'agriculture, secteur où la concurrence entre producteurs des deux rives génère aussi des tensions récurrentes, notamment avec les agriculteurs andalous et murciens.
L'interconnexion électrique entre les deux pays, déjà en service, doit être renforcée dans la perspective des exportations marocaines d'énergie renouvelable vers l'Europe. Le projet de liaison fixe à travers le détroit de Gibraltar, régulièrement évoqué, a retrouvé une visibilité avec la perspective du Mondial 2030 coorganisé par les deux pays, mais reste au stade des études.
La question migratoire en arrière-plan
La coopération sécuritaire, discrète mais intense, porte notamment sur le contrôle des départs depuis les côtes marocaines et sur la lutte antiterroriste, domaine dans lequel les services des deux pays échangent régulièrement. Cette coopération est l'une des raisons de la stabilité retrouvée de la relation, mais elle expose aussi Madrid à des critiques de la part d'organisations de défense des droits, en particulier sur les procédures appliquées aux mineurs non accompagnés et sur les renvois depuis les enclaves.
Pour la communauté marocaine d'Espagne, l'une des plus importantes de la diaspora avec plus de 900 000 personnes, l'enjeu concret se situe ailleurs : reconnaissance des qualifications, portabilité des droits à la retraite, fluidité des liaisons maritimes pendant l'opération Marhaba, et régularisation des situations administratives. Les onze accords d'août n'abordent ces sujets que marginalement.
Sources : Maroc.ma, diplomatie.ma, La Vie éco, Aujourd'hui le Maroc, La Quotidienne