Ecrit Par Maglor — À la tribune de la 81e Assemblée générale des Nations unies, le ministre marocain des Affaires étrangères Nasser Bourita a annoncé la candidature du Royaume à un siège de membre non permanent du Conseil de sécurité pour la période 2028-2029. L'annonce, qui a fait les gros titres de la presse marocaine, mérite qu'on s'y attarde au-delà de l'effet d'affichage. Car elle dit beaucoup de la place du Maghreb dans le multilatéralisme contemporain — et de ses contradictions.
Une diplomatie marocaine en quête de stature
Le Maroc a déjà siégé au Conseil de sécurité, la dernière fois en 2012-2013. Treize ans plus tard, le contexte a changé. Rabat a multiplié les succès diplomatiques sur le dossier du Sahara, s'est imposé comme un partenaire incontournable sur les questions migratoires et sécuritaires en Méditerranée, et a renforcé sa présence en Afrique depuis son retour à l'Union africaine en 2017. Présentée comme l'expression d'une volonté de contribuer « de manière effective et responsable » au maintien de la paix, la candidature s'accompagne d'annonces concrètes, comme le déploiement d'un hôpital militaire de campagne à Gaza.
La démarche est cohérente : un siège au Conseil offre une tribune, un accès privilégié à l'information et une capacité d'influence sur les résolutions, notamment celles qui concernent directement le Royaume.
Le précédent algérien
Il est impossible de lire cette candidature sans penser au mandat récent de l'Algérie, membre non permanent en 2024-2025. Alger a utilisé ce siège pour porter avec constance la question palestinienne et les positions africaines, avec une visibilité réelle. Deux mandats maghrébins rapprochés, donc — mais deux diplomaties qui se regardent en rivales plutôt qu'en partenaires.
C'est là que réside le paradoxe. Les sièges non permanents attribués au groupe africain sont traditionnellement négociés au sein de l'Union africaine. Le Maghreb, qui pourrait peser comme un bloc cohérent sur les dossiers sahélien, libyen ou méditerranéen, arrive à New York en ordre dispersé. Chaque capitale défend sa vision, parfois contre celle du voisin.
Ce que le Maghreb pourrait porter ensemble
Pourtant, les sujets d'intérêt commun ne manquent pas : la stabilisation du Sahel, où l'effondrement sécuritaire menace toute la région ; la Libye, dont la crise interminable pèse sur la Tunisie et l'Algérie ; les migrations, que l'Europe tend à externaliser vers la rive sud ; ou encore le changement climatique, qui frappe durement l'agriculture et les ressources en eau des trois pays. Sur tous ces dossiers, une voix maghrébine coordonnée aurait une portée bien supérieure à la somme des voix nationales.
Une occasion à ne pas gaspiller
L'élection des membres non permanents pour 2028-2029 devrait se tenir en 2027 à l'Assemblée générale. D'ici là, Rabat devra convaincre, d'abord au sein du groupe africain, puis à l'Assemblée générale. Si elle aboutit, cette candidature pourrait être plus qu'une victoire nationale : l'occasion de démontrer qu'un pays maghrébin peut, au Conseil, porter des positions qui dépassent ses seuls intérêts immédiats.
Pour la diaspora maghrébine en Europe, attentive à ces enjeux, l'espoir est simple : que la présence successive de pays de la région au cœur de l'ONU serve un jour à rapprocher les capitales plutôt qu'à prolonger leurs rivalités. Le multilatéralisme est aussi une école du compromis. Le Maghreb aurait tout à gagner à s'y inscrire.
Sources : La Vie éco, SNRT News, Le Matin, Atalayar.