Ecrit Par Maglor — La 81e session de l'Assemblée générale des Nations unies vient de refermer son segment de haut niveau, et c'est un ancien diplomate tunisien, Ahmed Ounaies, qui a saisi l'occasion pour interroger, avec la franchise que permet le recul de la retraite diplomatique, la place qu'a occupée — ou plutôt qu'aurait dû occuper — le Maghreb dans les discours prononcés à New York.
Des priorités jugées justes, mais une omission qui pèse
Dans son analyse, Ahmed Ounaies reconnaît volontiers la justesse de deux axes défendus par la délégation tunisienne : la question palestinienne, et les grands enjeux économiques mondiaux, notamment l'endettement et la gouvernance internationale. Mais c'est bien l'absence d'un troisième sujet qui retient son attention critique. « Il était nécessaire de dire un mot sur le Maghreb uni, qui traverse une crise », estime-t-il, pointant ce qu'il perçoit comme une déconnexion entre l'affichage de grandes causes universelles et le silence sur une crise régionale qui touche directement les intérêts tunisiens, marocains et algériens.
Une tribune qui dépasse le seul cas tunisien
Si l'analyse d'Ounaies porte formellement sur la participation tunisienne à l'ONU, elle pose en réalité une question qui concerne l'ensemble des chancelleries maghrébines : à quel moment, et par la voix de qui, le Maghreb doit-il porter ses propres dossiers régionaux devant les instances multilatérales ? Année après année, les délégations marocaine, algérienne et tunisienne défendent leurs priorités nationales à la tribune onusienne, souvent avec des positions divergentes sur les dossiers régionaux les plus sensibles, laissant peu de place à une parole maghrébine commune, faute d'une plateforme de coordination qui ferait aujourd'hui consensus entre les trois capitales.
Un contexte international jugé à double vitesse
L'ancien diplomate tunisien élargit son propos à une critique plus systémique du fonctionnement de l'institution onusienne elle-même. Il dénonce notamment les restrictions de visas américaines qui ont empêché certains représentants de prendre part aux travaux, un traitement qu'il met en contraste avec l'accès accordé à des personnalités controversées sur la scène internationale. Il plaide par ailleurs pour qu'une femme africaine accède enfin au poste de secrétaire général des Nations unies, une revendication qui, si elle se concrétisait, offrirait indirectement une caisse de résonance supplémentaire aux préoccupations du continent africain, Maghreb inclus.
L'unité maghrébine, un vœu répété mais jamais institutionnalisé
Le constat dressé par Ahmed Ounaies rejoint une critique récurrente formulée par plusieurs observateurs de la région : celle d'un Maghreb qui multiplie les déclarations d'intention sur son unité, sans jamais parvenir à transformer cette aspiration en une diplomatie coordonnée sur la scène internationale. Tant que les trois pays continueront de porter séparément, et parfois en ordre dispersé, leurs messages devant l'Assemblée générale, la question posée par Ounaies restera d'actualité, saison onusienne après saison onusienne : le Maghreb a-t-il encore les moyens de parler d'une seule voix, ou doit-il se résoudre à n'être, aux Nations unies, qu'une addition de diplomaties nationales ?