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Barrages marocains : après des années de sécheresse, une abondance d'eau inédite en 2026

Ecrit Par Maglor — Après six années consécutives de sécheresse qui ont mis à rude épreuve l'agriculture et l'approvisionnement en eau potable du Royaume, le Maroc vit une rupture spectaculaire. Selon les données du ministère de l'Équipement et de l'Eau, le taux de remplissage national des barrages atteint 67,15 % à la fin du mois de septembre 2026, contre seulement 33,51 % un an plus tôt à la même période. Les retenues marocaines contiennent désormais 11,43 milliards de mètres cubes d'eau, sur une capacité totale de 17,02 milliards de mètres cubes.

Un redressement porté par des pluies exceptionnelles

Cette embellie s'explique par plusieurs épisodes de précipitations intenses survenus au cours de l'hiver et du printemps 2026, combinés à une amélioration des transferts d'eau interbassins qui permettent de répartir les excédents des régions les mieux alimentées vers celles qui restent en tension. Certains bassins affichent des niveaux qui dépassaient rarement la moitié de leur capacité ces dernières années : le bassin du Sebou culmine à 80,14 %, suivi de près par le Loukkos (79,18 %), le Tensift (78,85 %) et le Bouregreg (78,84 %).

Le redressement le plus spectaculaire concerne le bassin de l'Oum Er-Rbia, qui passe de 10,07 % en 2025 à 59,16 % cette année. Le barrage Al Massira, longtemps symbole de la crise hydrique marocaine, est passé de 4 % à 41,1 % de sa capacité en l'espace de quelques mois — un basculement qui aurait paru impensable il y a encore un an.

Des disparités régionales qui persistent

Toutes les régions du Royaume ne bénéficient cependant pas de la même embellie. Les bassins de Drâa-Oued Noun (32,33 %) et de Ziz-Guir-Ghris (39,28 %), dans le Sud et le Sud-Est marocains, restent nettement en retrait par rapport à la moyenne nationale. Ces territoires, historiquement les plus exposés au stress hydrique, continuent de dépendre d'une pluviométrie irrégulière et de nappes phréatiques fragilisées par des années de surexploitation.

Quels effets pour l'agriculture et l'approvisionnement

Pour le monde agricole, la nouvelle est accueillie avec un optimisme prudent. Les producteurs de plusieurs filières, notamment dans les zones irriguées du Gharb et du Haouz, retrouvent une visibilité sur leurs campagnes après plusieurs années de restrictions d'irrigation et de réduction des surfaces cultivées. La reconstitution des réserves permet également d'alléger la pression sur l'approvisionnement en eau potable des grandes agglomérations, qui avait nécessité, ces dernières années, des mesures de rationnement dans plusieurs villes.

Une vigilance qui reste de mise

Les autorités appellent néanmoins à ne pas relâcher les efforts de sobriété hydrique. Le ministre de l'Équipement et de l'Eau, Nizar Baraka, a rappelé à plusieurs reprises que la variabilité climatique rend ces excédents ponctuels et non structurels : une seule mauvaise année pluviométrique pourrait suffire à inverser la tendance. Le Maroc poursuit en parallèle ses grands chantiers structurels — dessalement d'eau de mer, interconnexion des bassins hydrauliques et réutilisation des eaux usées traitées — conçus pour sécuriser l'approvisionnement sur le long terme, indépendamment des aléas climatiques.

Cette séquence hydrique inédite illustre une réalité que le Maroc partage avec l'ensemble du bassin méditerranéen : l'alternance de plus en plus marquée entre épisodes de sécheresse sévère et pluies torrentielles, qui impose de repenser durablement la gestion de l'eau plutôt que de se satisfaire d'une embellie conjoncturelle.

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