Ecrit Par Maglor — La Tunisie a dévoilé les grandes lignes de son Plan de développement 2026-2030, une feuille de route qui place le capital humain au cœur de la stratégie économique et sociale du pays pour les cinq prochaines années. Éducation, santé, emploi et protection sociale en constituent les quatre piliers.
Une réforme éducative présentée comme irréversible
Le président Kaïs Saïed a insisté à plusieurs reprises sur le caractère non négociable de la réforme du système éducatif, appelant à davantage de rigueur dans sa mise en œuvre. Le plan prévoit une refonte des programmes pour réduire le décrochage scolaire et mieux aligner les filières de formation sur les besoins du marché du travail, avec un accent particulier sur l'enseignement professionnel et technique. Le développement de pôles technologiques et d'incubateurs de start-up figure également parmi les priorités affichées, dans l'espoir de retenir une jeunesse tunisienne confrontée depuis plusieurs années à des difficultés d'insertion professionnelle.
Santé : réduire les inégalités territoriales
Le volet santé du plan cible en priorité le renforcement des infrastructures hospitalières dans les régions de l'intérieur, historiquement moins bien dotées que le littoral. La numérisation des dossiers médicaux et le développement de la télémédecine sont présentés comme des leviers pour améliorer l'accès aux soins dans les zones les plus reculées. Le texte évoque aussi la nécessité de freiner la fuite des compétences médicales à l'étranger, à travers un effort accru de formation, ainsi qu'un soutien à l'industrie pharmaceutique locale.
Emploi et protection sociale
Sur le plan de l'emploi, le gouvernement affiche l'ambition de créer des opportunités de travail décent pour les populations les plus vulnérables et de réformer un système de sécurité sociale sous tension. L'extension de la couverture sociale aux travailleurs du secteur informel, particulièrement nombreux en Tunisie, est identifiée comme un chantier prioritaire, de même que le développement d'entreprises à ancrage communautaire censées créer de l'emploi local.
Un cadre encore à préciser
Si les orientations générales du plan sont désormais connues, les autorités tunisiennes n'ont pas encore communiqué de calendrier détaillé ni d'objectifs chiffrés précis pour chacun des chantiers annoncés. Cette absence de jalons intermédiaires interroge une partie des observateurs, qui rappellent que plusieurs plans de développement successifs ont, par le passé, buté sur leur mise en œuvre concrète, faute de financements suffisants ou de continuité politique.
Un test de crédibilité pour la décennie à venir
Pour la Tunisie, engagée depuis plusieurs années dans un contexte économique et social tendu, ce plan constitue autant une feuille de route qu'un test de crédibilité. La capacité du pays à transformer ces priorités en résultats mesurables — recul du décrochage scolaire, réduction des inégalités d'accès aux soins, baisse du chômage des jeunes diplômés — déterminera en grande partie la confiance des citoyens comme des partenaires internationaux dans la trajectoire tunisienne pour les cinq années à venir.
En misant sur le capital humain plutôt que sur les seuls grands chantiers d'infrastructure, la Tunisie affiche une ambition claire : reste à savoir si les moyens suivront les intentions.