Maglor.fr - Dans deux messages royaux adressés simultanément au roi Salman ben Abdelaziz et au prince héritier Mohammed ben Salmane, le souverain marocain Mohammed VI a réaffirmé avec force la solidarité indéfectible du Royaume chérifien avec l'Arabie saoudite, en réaction aux attaques répétées des Houthis contre le territoire saoudien. Une déclaration qui va bien au-delà du soutien diplomatique de circonstance : elle pose les bases d'une doctrine de sécurité partagée entre le Maroc et les monarchies du Golfe.
Un lien sécuritaire déclaré « indissociable »
« Toute agression contre l'Arabie saoudite est une agression contre le Maroc », affirme le souverain dans un communiqué du Cabinet royal. Cette formule, percutante et sans ambiguïté, traduit la vision stratégique du Maroc : la sécurité du Royaume et celle de ses partenaires du Conseil de coopération du Golfe (CCG) sont présentées comme « indissociables », et la défense de leurs intérêts supérieurs comme relevant d'un agenda stratégique commun.
Cette position n'est pas nouvelle. Dès 2016, Mohammed VI avait proclamé que la sécurité du Maroc et celle des États du Golfe étaient « une et indivisible ». En 2022, après les attaques houthies contre les Émirats arabes unis, le souverain avait déjà exprimé sa solidarité au prince héritier Mohamed ben Zayed. Le message d'aujourd'hui s'inscrit dans cette continuité, mais avec une escalade rhétorique notable.
Condamnation des attaques contre les lieux saints
Le roi Mohammed VI condamne fermement les attaques houthies contre les villes, les zones résidentielles, les installations civiles et économiques, ainsi que les infrastructures vitales de l'Arabie saoudite. Mais la charge symbolique la plus forte concerne les tentatives visant La Mecque et Médine : le souverain les qualifie d'« agression contre les sentiments de plus de 1,8 milliard de musulmans ».
Ce cadrage religieux est hautement significatif. En s'érigeant en défenseur des lieux saints de l'islam, Mohammed VI — qui porte le titre de Commandeur des croyants — mobilise une légitimité qui dépasse largement le cadre bilatéral maroco-saoudien pour interpeller l'ensemble de la Oumma islamique.
Appel à des sanctions internationales
Le message royal ne s'arrête pas à la condamnation. Mohammed VI exige des sanctions internationales contre les Houthis, mais aussi — et c'est là l'aspect le plus diplomatiquement chargé — contre « ceux qui les soutiennent, les financent et les arment ». Sans nommer explicitement l'Iran, le souverain vise clairement les « puissances régionales » qui soutiennent ce qu'il qualifie de milices terroristes et séparatistes.
Ces puissances, accuse-t-il, « menacent la sécurité de leurs voisins, déstabilisent l'ensemble de la région et s'en prennent aux voies maritimes essentielles à l'économie mondiale ». Le ciblage des routes maritimes — en particulier le détroit de Bab-el-Mandeb que contrôlent partiellement les Houthis — rappelle l'enjeu économique mondial de ce conflit, qui affecte directement les flux commerciaux entre l'Asie, l'Europe et l'Amérique.
Un fondement juridique : les résolutions 2216 et 2722 du Conseil de sécurité
Mohammed VI ancre sa position dans le droit international en s'appuyant sur les résolutions 2216 et 2722 du Conseil de sécurité de l'ONU. Ces textes exigent notamment le retrait des Houthis, la remise des armes, l'arrêt des violences et la cessation des attaques contre la navigation maritime. Le roi considère que les violations répétées de ces résolutions « ne sauraient rester impunies ».
Par cette prise de position, le Maroc affirme une fois de plus son positionnement clair dans le paysage géopolitique régional : solidaire du bloc sunnite du Golfe, hostile aux forces déstabilisatrices soutenues par Téhéran, et déterminé à jouer un rôle actif dans la sécurité collective arabe et islamique. Une posture cohérente avec sa diplomatie d'équilibre, mais de plus en plus affirmée face aux turbulences qui secouent le Moyen-Orient.