Ecrit Par Maglor — Le système tunisien de sécurité sociale est sous tension. Selon plusieurs sources concordantes, le déficit cumulé des caisses sociales approche 7 milliards de dinars, un chiffre relayé fin septembre par la presse et par des experts de l'UGTT, qui appellent à accélérer les réformes.
Un déséquilibre structurel, pas seulement comptable
Pour l'analyste qui plaide pour une refondation du modèle, ce déficit n'est pas un simple problème de comptes : il révèle des déséquilibres structurels qu'aucun ajustement ponctuel ne suffira à corriger. Les caisses concernées, notamment la CNSS pour le secteur privé et la CNRPS pour le secteur public, sont lourdement déficitaires, alors que l'assurance maladie (CNAM) est excédentaire mais dispose de réserves limitées.
Les causes identifiées
Le premier facteur est démographique : le rapport entre actifs cotisants et retraités se dégrade avec le vieillissement de la population, fragilisant la solidarité entre générations. Le deuxième tient à la fragmentation des carrières, avec des parcours professionnels moins linéaires qu'autrefois. Le troisième est l'importance de l'économie informelle, qui échappe en grande partie aux cotisations et réduit l'assiette de financement.
Refonder plutôt que replâtrer
Plusieurs pistes sont avancées : repenser de manière intégrée le financement, la couverture et la solidarité ; offrir aux travailleurs informels des voies d'intégration réalistes, via des démarches simplifiées, des cotisations adaptées et des protections attractives, sans coercition ; mettre en place un identifiant social unique et des systèmes interopérables pour mieux gérer les droits ; enfin, s'appuyer sur des projections actuarielles et des indicateurs publics pour piloter la politique sociale de manière anticipée plutôt que dans l'urgence.
La numérisation ne suffira pas à elle seule, préviennent les experts : elle améliore la gouvernance mais ne résout pas les déséquilibres économiques de fond.
2027, année de vérité
Les auteurs de ces analyses estiment que 2027 constituera un test d'exécution : après des années de diagnostics, il faudra transformer les constats en mécanismes opérationnels. Le coût du report des réformes, souligne la presse économique tunisienne, augmente chaque année.
Pour les Tunisiens de France, dont beaucoup ont cotisé ou dont les familles dépendent de ces régimes, la question des retraites et de la couverture santé est loin d'être abstraite. Elle conditionne aussi la confiance dans le modèle social du pays.