Maglor.fr - Nommée le 29 septembre par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, Fatima Ezzahra El Mansouri a ouvert dès le lendemain le chantier de la formation du nouveau gouvernement. En l'espace de vingt-quatre heures, la première femme Cheffe du gouvernement dans l'histoire du Maroc a reçu successivement cinq formations politiques : le RNI, l'Istiqlal, le Mouvement populaire, l'USFP et le PPS. Une première journée dense qui a permis de faire émerger les priorités partagées, sans pour autant dessiner les contours définitifs de la future majorité.
Un calendrier sous pression
La Cheffe du gouvernement hérite d'un agenda particulièrement serré. La première session parlementaire doit en effet s'ouvrir le vendredi 9 octobre, conformément à l'article 65 de la Constitution. D'ici là, les consultations pour constituer une majorité, rédiger un programme commun et préparer les premières orientations budgétaires devront avancer rapidement.
Pour le politologue Mustapha Sehimi, professeur de droit à l'Université Mohammed V de Rabat, cette contrainte temporelle constitue l'un des premiers défis du nouvel Exécutif. «Il ne peut pas y avoir un accord gouvernemental comme ça en 48 heures», souligne-t-il, rappelant que la construction d'une coalition suppose non seulement une répartition des portefeuilles, mais surtout la rédaction d'un programme gouvernemental commun — un travail d'arbitrage qui nécessite plusieurs équipes et plusieurs semaines d'échanges.
Le PAM, avec ses 97 sièges issus des législatives du 23 septembre, ne dispose pas à lui seul de la majorité absolue à la Chambre des représentants. Mme El Mansouri doit donc rallier d'autres formations à sa future coalition.
Ce que disent les partis
Le RNI, premier reçu, a salué la nomination via son président Mohamed Chaouki, qualifiant l'événement de «moment historique dans l'histoire politique marocaine». Sans annoncer de position formelle, sa délégation a insisté sur le placement de «l'intérêt supérieur de la Nation» au premier plan des discussions.
L'Istiqlal, représenté par son secrétaire général Nizar Baraka, a annoncé que la question de sa participation sera soumise à son Conseil national. Il a toutefois rappelé son intention d'«accompagner la nouvelle étape» quelle que soit sa position dans la future configuration, en appelant à dépasser la logique de compétition pour entrer dans celle de la mobilisation face aux défis du pays. Il a cité en priorité l'emploi, le chômage, le pouvoir d'achat et la question de l'intégrité territoriale.
Le Mouvement populaire, dont le secrétaire général Mohamed Ouzzine était accompagné de l'ancien président Mohand Laenser, a insisté sur les attentes des jeunes, la création d'emplois et le développement territorial intégré. Il a plaidé pour une «rupture positive avec le passé», soulignant que la responsabilité de répondre aux attentes concerne «la majorité comme l'opposition».
L'USFP, par la voix de son premier secrétaire Driss Lachgar, a salué une «avancée qualitative» pour les femmes, tout en se gardant de dévoiler sa position sur la future coalition, préférant attendre l'achèvement du premier tour de consultations.
Enfin, le PPS, représenté par Nabil Benabdallah, a fait état de «points de convergence» sur certaines priorités économiques et sociales, tout en précisant que le parti n'avait pas encore arrêté sa décision, des sensibilités différentes s'exprimant en son sein. De nouveaux échanges internes sont prévus avant tout positionnement définitif.
Un agenda social et budgétaire particulièrement chargé
Au-delà des équilibres partisans, c'est sur le contenu du programme gouvernemental que se jouera une grande partie de la crédibilité du nouvel Exécutif. Les attentes des citoyens sont nombreuses et les dossiers prioritaires s'accumulent.
Le pouvoir d'achat s'impose comme «la question numéro un», selon Mustapha Sehimi. Après plusieurs années de tensions inflationnistes, les Marocains attendent des mesures concrètes sur les prix alimentaires, le logement, l'énergie et les revenus disponibles. Fatima Ezzahra El Mansouri avait elle-même, au lendemain de la victoire du PAM, placé ce sujet en tête de ses priorités.
La protection sociale constitue un autre chantier majeur. Le Maroc a élargi ces dernières années plusieurs mécanismes de couverture et d'aides directes. La prochaine étape sera celle de la consolidation financière et de l'efficacité du système, pour s'assurer qu'il atteint bien les populations auxquelles il est destiné.
L'éducation et la santé ont également occupé une place centrale dans le débat public pendant la campagne. Le prochain gouvernement devra envoyer rapidement des «signaux forts» dans ces deux domaines, où l'enjeu est autant budgétaire que qualitatif.
La lutte contre les disparités territoriales devrait aussi figurer en bonne place dans le programme du quinquennat. Le discours du Trône du 29 juillet 2025 avait été explicite : «il n'y a de place, ni aujourd'hui, ni demain pour un Maroc avançant à deux vitesses». Le futur gouvernement devra articuler emploi, services publics, santé et investissement au niveau local pour réduire les écarts entre territoires.
Enfin, plusieurs réformes structurelles restent en suspens : la réforme du Code de la famille et celle des régimes de retraite, deux dossiers sensibles qui nécessiteront des arbitrages dépassant la seule logique budgétaire.
Le PLF 2027, premier test politique
Parallèlement à la formation du cabinet, le nouveau gouvernement devra préparer son premier projet de loi de Finances. Les travaux préparatoires ont déjà été engagés par l'ancienne équipe, mais la nouvelle majorité voudra nécessairement «imprimer sa patte», selon Mustapha Sehimi. Le cadrage actuel table sur une croissance de 4,1% en 2027, quand le Haut-Commissariat au Plan se montre plus prudent avec une prévision de 3%. Cet écart conditionne directement les marges disponibles pour financer les réformes sociales promises en campagne.
Les consultations se poursuivent
Au terme de cette première journée, cinq formations ont été reçues. Les consultations doivent se poursuivre jeudi avec d'autres partis, avant que ne se précisent progressivement les contours de la prochaine majorité. L'Istiqlal et le PPS ont chacun indiqué qu'ils n'arrêteraient leur position qu'après des délibérations internes.
L'enjeu ne sera donc pas seulement de former un gouvernement dans les délais constitutionnels. Il sera de montrer très tôt quelle hiérarchie le nouvel Exécutif établit entre croissance et redistribution, urgence sociale et équilibres budgétaires. C'est sur ce passage de la promesse à l'exécution que se jouera une grande partie de la confiance accordée au nouveau cycle politique.