Maglor - L'Union européenne pourrait accorder un délai supplémentaire avant d'appliquer pleinement sa réglementation sur les émissions de méthane liées aux importations d'hydrocarbures. Une annonce qui concerne directement l'Algérie, l'un des principaux fournisseurs de gaz naturel de l'Europe, et qui intervient dans un contexte d'inquiétude croissante sur la sécurité énergétique du Vieux Continent.
Le commissaire européen à l'Énergie ouvre la porte à un report
C'est Dan Jorgensen, commissaire européen à l'Énergie, qui a confirmé l'examen de cette piste. Dans un entretien accordé à Bloomberg le 25 septembre 2026, il a déclaré avoir «demandé à ses services d'examiner les possibilités de reporter d'un an la partie de la législation sur le méthane concernant les importations» d'hydrocarbures.
Le commissaire a justifié cette démarche par les incertitudes pesant sur les approvisionnements énergétiques européens, notamment les tensions autour du détroit d'Ormuz. «Cela donnerait aux acteurs du marché le temps nécessaire pour s'assurer qu'ils peuvent effectivement mettre en œuvre ces nouvelles règles sans nuire à notre sécurité d'approvisionnement ni faire grimper les prix de l'énergie», a-t-il précisé, évoquant la perspective d'«un hiver potentiellement très difficile».
Une réglementation adoptée en 2024, applicable à partir de 2027
Adoptée en 2024, la réglementation européenne sur le méthane prévoit qu'à partir de janvier 2027, les importateurs de pétrole et de gaz dans l'UE devront surveiller, déclarer et réduire les émissions de méthane liées à leurs approvisionnements. L'objectif est de réduire les fuites de méthane tout au long de la chaîne de production et d'approvisionnement — un gaz à fort effet de réchauffement climatique à court terme.
Si la Commission confirme un report d'un an, l'entrée en vigueur des obligations à l'importation serait repoussée à janvier 2028. Les exportateurs de gaz et de pétrole vers l'Europe, dont l'Algérie, gagneraient ainsi du temps pour adapter leurs procédures et systèmes de mesure aux exigences européennes.
Douze États membres avaient demandé un délai encore plus long
La pression en faveur d'un assouplissement était déjà forte au sein même de l'UE. Dès le 26 juin 2026, lors du Conseil «Transports, télécommunications et énergie», pas moins de douze États membres — l'Autriche, la Belgique, la Bulgarie, la République tchèque, la Hongrie, l'Italie, la Lituanie, les Pays-Bas, la Pologne, la Roumanie, la Slovaquie et la Suède — avaient demandé un report de trois ans pour certaines obligations du règlement. L'Allemagne avait apporté son soutien à cette démarche.
Ces États faisaient valoir que les nouvelles règles menaçaient la sécurité énergétique de l'Union et que les opérateurs avaient besoin de plus de temps pour se conformer aux exigences techniques. Dan Jorgensen avait alors défendu le maintien du dispositif, estimant que les outils de lutte contre le changement climatique «devaient être préservés». Le retournement de position actuel illustre la pression croissante exercée par la conjoncture énergétique.
L'Algérie avait anticipé en engageant un front commun
Alger n'avait pas attendu ce revirement pour agir. L'Algérie avait engagé des démarches auprès de la Commission européenne, en s'associant au Qatar, au Nigeria et aux États-Unis, pour demander une révision du calendrier d'application du règlement. Une coalition de poids lourds exportateurs qui avait mis en avant les contraintes opérationnelles et les risques pour l'approvisionnement de l'Europe.
Dans sa démarche, l'Algérie avait mis en avant les efforts déjà accomplis par son secteur énergétique : Sonatrach et ses partenaires ont, selon Alger, «déployé des efforts concrets et injecté des investissements considérables en matière de réduction des émissions de méthane, en parfaite adéquation avec les objectifs du règlement européen et les engagements internationaux de l'Algérie».
Un enjeu stratégique pour le gaz algérien en Europe
L'Algérie est l'un des fournisseurs de gaz naturel les plus importants de l'Union européenne, notamment via les gazoducs Medgaz (vers l'Espagne) et Transmed (vers l'Italie). Dans un contexte post-crise ukrainienne où l'Europe a massivement réduit sa dépendance au gaz russe, la position algérienne comme fournisseur alternatif s'est considérablement renforcée.
Si le report est confirmé, l'Algérie disposerait d'un an supplémentaire pour harmoniser ses pratiques de surveillance et de déclaration des émissions avec les normes européennes — une adaptation qui représente un effort technique et financier important pour les entreprises du secteur. Une décision finale de la Commission européenne est attendue dans les prochaines semaines.