Ecrit Par Maglor — Plus d'un an après l'expiration du dernier protocole de pêche entre le Maroc et l'Union européenne, aucune négociation n'est programmée. Mi-août 2026, la Commission européenne a rappelé qu'elle était « prête à négocier lorsque le Maroc le sera », laissant la balle dans le camp de Rabat.
Un protocole expiré depuis juillet 2024
Le précédent protocole d'application de l'accord de partenariat dans le domaine de la pêche est arrivé à échéance en juillet 2024. Depuis, la flotte européenne, notamment espagnole, n'a plus de cadre juridique pour opérer dans les eaux marocaines. Bruxelles indique avoir terminé l'évaluation de l'ancien protocole afin de nourrir les futures discussions, mais aucun calendrier n'a été fixé.
Le poids des arrêts de la justice européenne
Toute nouvelle négociation devra respecter la jurisprudence de la Cour de justice de l'Union européenne, qui a remis en cause l'application des accords agricole et de pêche au Sahara occidental sans le consentement de sa population. Ce paramètre juridique est devenu central : il conditionne le périmètre géographique de tout futur accord et explique la prudence des deux parties.
L'Espagne en première ligne
Le secteur le plus touché est la pêche andalouse. La confédération espagnole des pêcheurs, CEPESCA, plaide pour un renouvellement rapide, en évoquant les ports de Barbate, Conil et Tarifa, où les flottes de senneurs et de palangriers de fond dépendent des eaux marocaines. Madrid, de son côté, présente le Maroc comme un « partenaire indispensable » et espère un nouvel accord dans un avenir proche.
Les enjeux pour Bruxelles
Pour l'Union européenne, il s'agit de concilier trois objectifs : la préservation des ressources halieutiques, dont certaines espèces sont en déclin, le respect des décisions de justice et la sécurité alimentaire, puisque ces pêcheries contribuent à l'approvisionnement de millions de repas par jour sur le continent. La Commission décrit par ailleurs le partenariat avec le Maroc comme « ancien, global et profond », signe qu'elle ne souhaite pas que ce dossier détériore l'ensemble de la relation.
Et Rabat ?
Le Maroc ne s'est pas pressé. Après les arrêts européens, le royaume a insisté sur la défense de ses intérêts et de sa souveraineté sur ses eaux, et cherche à diversifier ses partenaires économiques. Sans signal officiel de reprise, le dossier reste en suspens.
Pour les Maghrébins de France et d'Europe, ce dossier illustre la complexité des relations entre le Maroc et l'Union : une coopération économique dense, mais soumise à des contraintes juridiques et politiques qui ne se règlent pas en quelques semaines.