Le roi d’Espagne Felipe VI et la reine Letizia se sont rendus ce 13 octobre 2026 à Ceuta, enclave espagnole sur la côte nord-africaine revendiquée par le Maroc. Il s’agit du premier déplacement d’un souverain espagnol dans ce territoire depuis 2007, et du premier de Felipe VI depuis son accession au trône en 2014. La visite se poursuivra le 14 octobre à Melilla.
Un premier déplacement chargé de symbolisme
La dernière fois qu’un roi d’Espagne avait foulé le sol de Ceuta et Melilla, c’était Juan Carlos en novembre 2007 : ce voyage avait déclenché une crise diplomatique avec Rabat, qui avait rappelé son ambassadeur. Dix-neuf ans plus tard, le contexte est tout aussi tendu. Le déplacement de Felipe VI intervient le lendemain de la Fête nationale espagnole et deux mois et demi après la crise migratoire la plus grave que Ceuta ait jamais connue.
L’été de tous les dangers
Les 30 et 31 juillet 2026, plus de 70 000 migrants ont franchi la frontière depuis le Maroc, à la nage ou à pied, un afflux massif et inédit au cours duquel plus d’une centaine de personnes ont perdu la vie. Depuis, la grande majorité est retournée au Maroc, mais plusieurs milliers de migrants demeurent à Ceuta, où la situation s’est dégradée : violences, manifestations quasi quotidiennes, saturation des centres d’hébergement.
Une visite diplomatiquement risquée
Le Maroc revendique sa souveraineté sur Ceuta et Melilla. Toute présence officielle espagnole de haut rang dans ces territoires est interprétée comme un acte politique. Le déplacement royal a été « convenu entre le gouvernement et la maison royale ». Pedro Sánchez, déjà affaibli avant les élections anticipées du 29 novembre, avait interpellé Rabat : « Il est évident que le contrôle des frontières marocain a échoué. » Felipe VI avait également appelé l’UE à Bruxelles à « être plus efficace et solidaire », qualifiant les évènements de juillet d’« inacceptables ». Cette visite royale s’inscrit dans un message politique fort, adressé aux habitants de Ceuta, aux partenaires européens, et au Maroc.