Ecrit Par Maglor — Chaque jour, plus de 120 000 résidents français rejoignent le Luxembourg pour y travailler, selon l'Inspection générale de la sécurité sociale (IGSS). Dans le Grand Est, la ligne 90 du Sillon lorrain, qui relie Metz, Thionville et Luxembourg, est devenue le symbole d'une dépendance territoriale : avec plus de 14 000 voyageurs par jour, c'est la plus fréquentée du réseau TER régional. Elle est aussi l'une des plus critiquées.
Des usagers excédés par les retards
Les témoignages d'usagers recueillis cette année décrivent des retards chroniques et des incidents à répétition, certains évoquant jusqu'à deux heures d'attente lors d'un blocage de voie. Des collectifs se sont organisés, comme la plateforme « La Bétaillère », qui revendique plus de 500 inscrits et des pics dépassant 1 000 consultations quotidiennes. Une pétition réclamant un plan d'urgence a même atteint le seuil de 5 500 signatures nécessaire pour être entendue par la Chambre des députés du Luxembourg.
La question concerne directement la communauté d'origine maghrébine de Moselle, dont de nombreux membres travaillent dans la restauration, le bâtiment, la santé, la logistique ou les services au Grand-Duché. Pour ces salariés, un service ferroviaire irrégulier signifie des journées plus longues, des horaires de garde d'enfants compliqués et un coût du transport qui pèse sur le pouvoir d'achat.
Les réponses de la Région et du Luxembourg
La Région Grand Est a mis en service le 1er juin sept rames achetées à la Normandie, ce qui ajoute environ 15 % de places en heure de pointe. L'atelier de maintenance de Montigny-lès-Metz, un investissement de 120 millions d'euros, devait ouvrir en septembre. Sept quais mosellans ont été élargis depuis 2023, et des projets de signalisation ERTMS, de voies d'évitement pour le fret et de réaménagement des voies à Thionville sont prévus. Un système régional d'information multimodale est annoncé pour 2028. L'objectif affiché : plus de 22 000 places d'ici 2030 et un train toutes les sept minutes et demie à Thionville.
Le Luxembourg, de son côté, prévoit 4,7 milliards d'euros pour le rail sur la période 2026-2040, dont 412 millions pour la ligne Bettembourg-Luxembourg, et l'achat de 34 nouvelles rames Coradia pour 400 millions d'euros financés par les CFL. Il finance par ailleurs 230 millions d'euros de projets en France dans le cadre d'un accord de 2018 et cofinance à 50 % l'atelier de Montigny.
Des travaux qui compliquent l'été et la rentrée
Pour moderniser l'infrastructure, la ligne a connu cet été une fermeture de près de six semaines à partir du 16 juillet, avec des bus de substitution. Si ces chantiers visent à améliorer la fiabilité à terme, ils rappellent le prix à payer pour les usagers à court terme. Quant à l'autoroute A31bis, elle n'est pas attendue avant 2032 au plus tôt, ce qui laisse le train comme seule alternative crédible à la voiture.
Ce qu'il faut retenir
L'enjeu est à la fois social et économique : la capacité de la Lorraine à rester attractive pour ses travailleurs frontaliers dépend de la qualité d'un service ferroviaire qui concentre les attentes. Les investissements annoncés sont considérables, mais leurs effets se feront sentir progressivement, d'ici 2030. En attendant, les usagers demandent des mesures de court terme, qui permettraient d'améliorer concrètement leur quotidien dès les prochains mois.