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Tunisie : les énergies renouvelables plafonnent à 9,2 % de l'électricité, loin de l'objectif de 35 % en 2035

Ecrit Par Maglor — À fin juin 2026, les énergies renouvelables ne représentaient que 9,2 % de la production d'électricité en Tunisie. L'objectif national est de 35 % à l'horizon 2035, soit environ 8 350 MW de capacité installée, avec la création de quelque 70 000 emplois. Entre ambitions affichées et réalité du terrain, le décalage reste important.

600 entreprises actives sur 1 200 autorisées

Selon Youssef Chbili, président de l'Organisation tunisienne des énergies propres, interrogé sur les ondes de la Radio nationale, environ 600 entreprises exercent effectivement dans le secteur, soit la moitié des 1 200 sociétés ayant obtenu une autorisation d'investissement. Le chiffre illustre la difficulté à transformer des autorisations en projets réellement exploités.

Pour structurer le marché, une charte sectorielle comprenant un label de qualité pour l'énergie solaire sera la prochaine étape, à la suite d'une réunion de fin septembre avec les acteurs du secteur. L'adhésion serait volontaire. Le label offrirait des avantages commerciaux aux entreprises, protégerait les consommateurs et limiterait les difficultés liées à l'exploitation des installations.

Pourquoi la production stagne

Une analyse publiée par La Presse pointe un « décalage structurel entre les orientations affichées et leur exécution ». La progression actuelle repose surtout sur l'auto-production et les producteurs indépendants, insuffisants sans changement de rythme. Plusieurs freins sont identifiés :

Le réseau électrique a une capacité d'accueil limitée, et les besoins en renforcement du transport et en stockage sont urgents. Les procédures administratives sont lourdes, avec une multiplication des autorisations, et l'accès au financement reste complexe. Les litiges fonciers sont récurrents. Enfin, la hausse constante de la consommation estivale dépasse le rythme d'installation de nouvelles capacités.

Des retombées locales limitées

Les grands projets implantés dans les régions de l'intérieur profitent peu aux populations locales : investissements et compétences sont largement importés, et les emplois créés, concentrés sur la phase de construction, sont souvent éphémères. Pendant l'exploitation, ils retombent à des postes à faible valeur ajoutée.

Un enjeu social : la précarité énergétique

Environ 40 % des ménages tunisiens seraient touchés par la précarité énergétique, le coût de l'électricité conduisant beaucoup de foyers à limiter leur consommation. La stratégie actuelle ne fixe aucun indicateur chiffré pour mesurer la réduction de cette vulnérabilité, ce qui limite la capacité à évaluer son impact social.

Les pistes proposées

Parmi les recommandations : développer une industrie locale d'équipements solaires et valoriser les compétences tunisiennes, créer un cadre juridique pour l'investissement solaire collectif dans le bâtiment résidentiel, déployer le financement participatif et démocratiser l'accès aux technologies propres. Il s'agit aussi d'arbitrer clairement les investissements d'urgence et de renforcer les réseaux avant les prochains étés, période où la tension sur l'électricité est la plus forte.

Un rendez-vous décisif pour la transition

Pour un pays qui importe une part importante de son énergie et dont le déficit énergétique pèse sur la balance commerciale, accélérer les renouvelables est autant un enjeu de souveraineté que de climat. La diaspora tunisienne, attentive aux opportunités d'investissement, y voit aussi un secteur potentiellement porteur, à condition que le cadre réglementaire gagne en lisibilité.

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