Ecrit Par Maglor — Avec plus de 5,5 millions de personnes réparties dans plus de 120 pays, la diaspora marocaine pèse lourd dans l'économie du royaume. Pourtant, selon l'économiste Abdelghani Youmni, interrogé par Finances News Hebdo, son potentiel reste « largement sous-exploité ». À l'heure où un nouveau gouvernement s'installe à Rabat, ces constats éclairent le débat sur la place des Marocains du monde.
Des transferts massifs, mais surtout consommés
Les transferts ont dépassé 122 milliards de dirhams en 2025, soit près de 10 % du PIB et environ un quart des réserves de change. Mais leur usage reste très tourné vers le quotidien : environ 71 % servent à la consommation courante, 21 % à l'épargne et seulement 8 % à l'investissement. Parmi les sommes investies, plus de 80 % vont à l'immobilier, les autres secteurs ne captant qu'environ 2 % de l'ensemble des transferts.
Le Maroc reste toutefois bien moins dépendant de la diaspora que d'autres pays, comme le Tadjikistan, où les transferts représentent 51 % du PIB, ou le Liban, à 36 %.
Un attachement fort, des profils qui évoluent
L'expert souligne la solidité des liens familiaux, culturels et religieux, l'attachement à la monarchie et la proximité géographique avec l'Europe, qui concentre 80 % des MRE. Les profils changent : après les vagues d'ouvriers peu qualifiés, on observe un départ croissant d'ingénieurs, de médecins, de personnels soignants et de cadres. La « remigration » reste limitée, et une partie des nouvelles générations pourrait suivre la trajectoire d'autres diasporas européennes, avec un lien économique qui s'affaiblit.
Six pistes pour changer d'échelle
Youmni plaide pour passer d'une relation saisonnière à une stratégie permanente, centrée sur les pays d'accueil. Il propose de créer des structures économiques à l'étranger (chambres de commerce, banques de projets, plateformes de mise en relation), de mettre en place un tableau de bord mesurant l'apport des capitaux, compétences et réseaux de la diaspora, de réorienter les transferts vers l'investissement productif et le codéveloppement, d'améliorer le cadre fiscal, juridique et financier, et d'accompagner les nouvelles générations par la langue, la culture et les services consulaires.
Les freins à lever
Les obstacles cités sont la complexité administrative, les difficultés foncières, le manque de visibilité, un réseautage économique insuffisant et un déficit de confiance institutionnelle. Des dispositifs existent déjà, comme MDM Invest et MDM Tamwil, la 13e région économique de la CGEM ou des plateformes digitales d'accompagnement, mais leur portée reste à renforcer.
Vers une « Assemblée des Marocains du monde » ?
Autre élément du débat : le Roi a engagé une réflexion sur la gouvernance des questions liées aux Marocains du monde, qui pourrait aboutir à une institution constitutionnelle composée d'élus. Cette instance relierait les attentes de la diaspora aux institutions nationales et aux deux Chambres du Parlement.
Ce que cela signifie pour les MRE de France
Pour les Marocains de France, qui forment la première communauté d'Europe, l'enjeu est de savoir si l'investissement peut sortir du seul réflexe immobilier. L'entretien date de mai 2026, mais ses constats gardent toute leur actualité alors que la nouvelle cheffe du gouvernement insiste sur le fait que les MRE ne sont pas une simple source de devises.