Ecrit Par Maglor — Dimanche 25 octobre, les deux chambres du Parlement algérien seraient appelées à se prononcer sur un possible engagement de l'armée à l'étranger, au Niger. Au-delà du vote, c'est un principe fondateur de la politique extérieure algérienne, la non-intervention hors des frontières, qui se trouve interrogé. Une décision de cette portée mérite un débat public à la hauteur.
Une doctrine ancienne, une constitution plus souple
Pendant des décennies, l'Algérie a fait de la non-ingérence un marqueur de son identité diplomatique, héritée de la guerre de libération. La révision constitutionnelle de 2020 a ouvert la possibilité d'envoyer des unités de l'armée à l'étranger, sous réserve d'une majorité des deux tiers dans chaque chambre. Le cadre juridique existe donc. La question est politique : pour quels objectifs, avec quelles limites, sous quel contrôle ?
Le Sahel, un voisinage qui ne laisse pas le choix
Il serait injuste de nier les raisons de l'inquiétude algérienne. Le Niger partage une longue frontière avec l'Algérie, et l'instabilité sahélienne a des conséquences directes : flux de populations, trafics, groupes armés, pression sur les régions du Sud. Le général Chanegriha l'a résumé en affirmant que l'Algérie n'aborde pas ces crises comme un « acteur externe », la stabilité des voisins étant liée à la sienne. Le raisonnement est cohérent.
Les risques d'un engrenage
Mais l'histoire récente du Sahel invite à la prudence. Les interventions étrangères, françaises ou autres, n'ont pas apporté la stabilité promise et ont alimenté, par endroits, un rejet populaire. Un engagement algérien, même à la demande de Niamey, pourrait être perçu comme une ingérence par certains acteurs régionaux, et exposer l'armée à des pertes ou à un enlisement. Le fait que la tentative de putsch d'août ait précédé l'envoi d'avions de chasse montre aussi la rapidité avec laquelle les événements peuvent précipiter des choix lourds.
Transparence et débat démocratique
La manière dont la séance a été convoquée, par SMS très brefs et sans ordre du jour officiel, ne contribue pas à la confiance. Une décision engageant la vie de soldats et l'image du pays devrait être précédée d'explications claires : objectifs, durée, règles d'engagement, coût financier, cadre juridique international. Les députés et sénateurs ne sont pas de simples chambres d'enregistrement ; leur vote doit refléter une délibération réelle.
Ne pas oublier la diplomatie et le développement
La sécurité du Sahel ne se joue pas uniquement par les armes. Les accords énergétiques et miniers évoqués avec Niamey, la coopération économique transfrontalière et le projet de gazoduc transsaharien montrent que l'Algérie dispose d'autres leviers. C'est en combinant sécurité, développement et dialogue politique que la région peut sortir de la spirale actuelle.
Une exigence pour la diaspora aussi
Pour les Algériens de France, comme pour tous ceux qui suivent la région depuis l'étranger, cet épisode rappelle que la stabilité du Maghreb et du Sahel est indissociable. On peut comprendre la logique sécuritaire d'Alger tout en exigeant que l'engagement militaire, s'il est confirmé, reste exceptionnel, encadré et transparent. Cette tribune n'engage que son auteur.