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Tribune : quand le gaz et l'engrais deviennent des armes diplomatiques, le Maghreb face à sa dépendance énergétique

Ecrit Par Maglor — Deux informations de la semaine, en apparence sans lien, racontent la même histoire. D'un côté, le Haut-Commissariat au Plan marocain explique le ralentissement de l'économie du Royaume par le choc énergétique né de la guerre en Iran. De l'autre, Reuters rapporte qu'Alger aurait demandé à ses producteurs d'urée de cesser leurs ventes vers la France. Dans les deux cas, l'énergie est au centre.

L'énergie, facteur de vulnérabilité

Au Maroc, le HCP estime que le renchérissement des intrants énergétiques et minéraux a fait reculer l'activité industrielle de 3,9 % au deuxième trimestre, alors que l'agriculture progressait de 20,9 %. L'économie marocaine, importatrice nette d'énergie, subit de plein fouet des prix proches de ceux de 2022. La croissance prévue à 4,7 % au dernier trimestre dépend, selon l'institution, d'une relative stabilité des cours.

L'énergie, facteur de puissance

En Algérie, la situation est inverse : le pays est exportateur, et l'urée est un dérivé du gaz naturel. Selon Reuters, l'Algérie fournit environ 30 % de l'urée importée par la France. Si la suspension se confirme, elle montrerait que les ressources énergétiques peuvent se transformer en levier de négociation. La France, de son côté, aurait demandé davantage de pétrole et de gaz. Ni Alger ni Sonatrach n'ont confirmé.

Un Maghreb à deux vitesses énergétiques

Cette asymétrie est ancienne : un Maghreb qui possède des hydrocarbures et un Maghreb qui en manque, séparés par une frontière terrestre fermée. Chacun négocie séparément avec l'Europe, alors que les besoins de l'autre rive de la Méditerranée sont considérables. Une coopération énergétique régionale, que souhaitent depuis longtemps les économistes, aurait pu amortir les chocs pour les uns et élargir les débouchés pour les autres.

Ce que les Maghrébins d'Europe peuvent en retenir

Pour les Marocains, Algériens et Tunisiens établis en Europe, ces tensions ne sont pas abstraites. Elles pèsent sur le prix du carburant, des engrais, de l'alimentation, mais aussi sur le climat des relations entre la France et chacun des pays d'origine. Lorsque la diplomatie s'organise autour du commerce et de l'énergie, ce sont les visas, les liaisons aériennes et les échanges familiaux qui s'en trouvent affectés.

Pour une lecture lucide

Il serait imprudent de tirer des conclusions définitives d'informations qui reposent, pour l'une, sur des sources anonymes. Mais le fil est clair : à mesure que l'énergie devient un enjeu stratégique, les pays du Maghreb ont intérêt à diversifier leurs économies, à investir dans les renouvelables et à penser leur sécurité énergétique collectivement. C'est une leçon de lucidité plus qu'une querelle de camps.

Cette tribune engage la rédaction de Maglor. Sources : HCP (note de conjoncture du 14 octobre 2026) ; Reuters, relayé par Algerie360 (23 octobre 2026).

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