Ecrit Par Maglor — Il y a quelques jours, le président tunisien Kaïs Saïed réaffirmait l'objectif d'autosuffisance alimentaire. Dans le même temps, au Maroc, le prix de l'oignon grimpait sur la plupart des marchés et le plafond d'exonérations douanières sur l'importation de bovins était atteint pour 2026. Deux pays, une même question : que vaut la souveraineté alimentaire quand l'assiette dépend de la pluie, des intrants et des importations ?
Un mot d'ordre, des contraintes bien réelles
La souveraineté alimentaire est devenue un slogan consensuel. À Carthage, le 21 octobre, le président Saïed a affirmé que la Tunisie disposait des ressources, des compétences et de l'expérience pour y parvenir. Le compte rendu officiel est pourtant éloquent sur les fragilités : pression sur l'eau, accès difficile au crédit pour les petits producteurs, dépendance aux engrais et aux semences, maladies de l'olivier, menace du charançon rouge sur les palmiers, intermédiaires qui tirent les prix des dattes vers le bas.
Le diagnostic est lucide. Ce qui manque, ce sont les calendriers, les budgets et les mécanismes de rémunération prévisibles. Aucun chiffre n'a été avancé sur le cheptel à reconstituer, ni sur le prix de référence de l'huile d'olive.
Les prix, révélateurs de la fragilité
Au Maroc, la presse rapporte que le prix de l'oignon a fortement augmenté dans la plupart des marchés et pourrait doubler dans les prochaines semaines. Le plafond des exonérations douanières sur les importations de bovins est atteint pour 2026, ce qui interroge sur la suite : comment soutenir l'offre de viande sans relancer la pression sur les prix ? Ces signaux ne disent pas tout, mais ils montrent que quelques semaines de tension sur un légume de base ou sur la viande suffisent à fragiliser le pouvoir d'achat des ménages.
Produire plus ne suffit pas
Une politique de souveraineté ne se mesure pas seulement au volume produit, mais à la capacité d'amortir les chocs : stockage, irrigation économe, filières organisées, financement agricole. La Tunisie parle de renforcer les capacités de stockage de l'huile d'olive et du conditionnement local : c'est une bonne piste, car vendre en vrac revient à céder la valeur ajoutée. Le Maroc, de son côté, a investi massivement dans l'irrigation et l'agriculture exportatrice, mais ce modèle expose la population aux cycles de l'eau et aux arbitrages entre marchés extérieur et intérieur.
Une question maghrébine
Les échanges agricoles entre voisins demeurent marginaux, comme l'ensemble du commerce intra-maghrébin. Les mêmes contraintes hydriques et climatiques frappent pourtant les trois pays. Une coopération sur les semences adaptées, la recherche agronomique et la gestion de l'eau coûterait moins cher que dix plans nationaux isolés.
Pour les Maghrébins de France et d'Europe, attachés à la terre familiale et directement concernés quand les prix grimpent au pays pendant les vacances, cette question n'a rien d'abstrait. La souveraineté alimentaire ne se décrète pas dans un communiqué : elle se construit dans les champs, les entrepôts et les budgets.
Cette tribune engage son auteur et n'a pas valeur d'information officielle. Sources des faits cités : APA-Tunis, LeSiteInfo.