Ecrit Par Maglor — Cette semaine, trois dossiers ont retenu l'attention au Maghreb : Moscou se dit prête à étudier des projets énergétiques avec Tunis, Opel prépare une unité de moteurs à Oran, et la Tunisie travaille avec l'ONU à son cadre de coopération 2027-2031. Trois partenaires différents, un même mouvement : celui de la diversification.
La diversification n'est pas un slogan
Dans un monde où les dépendances peuvent devenir des leviers de pression, multiplier les partenaires est devenu une règle de prudence. L'Algérie ne mise plus uniquement sur ses exportations d'hydrocarbures et cherche à bâtir un tissu industriel, avec un partenaire européen. La Tunisie, de son côté, entend aligner ses financements sur ses priorités nationales, au lieu de les subir. Le Maroc, enfin, tisse des liens dans plusieurs directions à la fois.
Cette orientation est légitime. Elle suppose toutefois de ne pas confondre l'ouverture diplomatique et le contrat signé. L'entretien de Maxim Orechkine, par exemple, n'annonce ni projet précis ni chiffre ; l'unité de moteurs d'Opel, elle, ne s'accompagne ni d'un montant d'investissement ni d'un nombre d'emplois.
Trois conditions pour que la diversification serve les citoyens
D'abord, la transparence : les accords doivent être documentés, chiffrés et publiés, afin que le débat public dispose de faits. Ensuite, la cohérence : chaque coopération doit s'inscrire dans une stratégie nationale, comme le Plan national de développement 2026-2030 en Tunisie, et non répondre à l'opportunité du moment. Enfin, la maîtrise : l'intégration locale, le transfert de compétences et la formation des ingénieurs doivent figurer au cœur des contrats, sans quoi la dépendance change simplement de visage.
Le rôle des Maghrébins d'Europe
Les Marocains, Algériens et Tunisiens établis en Europe sont des observateurs attentifs et, souvent, des acteurs de ces évolutions : ingénieurs, entrepreneurs, étudiants. Des initiatives comme le Forum Menbita, qui rapproche des jeunes formés en France d'employeurs marocains, montrent que la circulation des compétences compte autant que celle des capitaux.
Savoir lire les annonces
Le Maghreb a raison de parler à tous. L'essentiel est d'exiger, pour chaque annonce, des engagements vérifiables : calendrier, financement, emplois, transferts de technologie. C'est à ce prix que la diversification des partenaires deviendra un levier de souveraineté plutôt qu'une simple succession de communiqués.
La prochaine étape consiste à suivre les suites concrètes de ces dossiers. Les lecteurs, comme les décideurs, sont en droit d'attendre autre chose que des déclarations d'intention.