Ecrit Par Maglor — Au Sud des Pyrénées, l'opération de régularisation extraordinaire des étrangers en situation irrégulière a dépassé toutes les prévisions. Parmi plus de 1,17 million de demandes, 156 272 émanent de Marocains, qui font du Maroc le premier pays africain concerné. Un dossier qui touche directement les relations entre Madrid et Rabat.
Des chiffres très supérieurs aux prévisions
Selon les données du ministère espagnol de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, citées par la presse, l'Espagne attendait environ 500 000 demandes. Elle en a reçu plus de 1,17 million. Plus de 609 000 dossiers ont déjà été traités et ont donné lieu à une première autorisation temporaire de résidence et de travail, et près de 160 000 demandeurs sont déjà affiliés à la Sécurité sociale.
Les Marocains arrivent en tête des nationalités africaines, devant les Algériens et les Sénégalais. Ces demandes reflètent l'ancienneté et la densité de la présence marocaine en Espagne, où de nombreux travailleurs vivaient et travaillaient sans titre de séjour, notamment dans l'hôtellerie, le commerce, les activités administratives et la construction.
Des conditions précises
Pour bénéficier du dispositif, les demandeurs devaient être en situation irrégulière en Espagne avant le 1er janvier, résider dans le pays depuis au moins cinq mois, ou avoir demandé l'asile avant cette date, et ne pas avoir d'antécédents pénaux. Les consulats marocains en Espagne se sont mobilisés pour accompagner leurs ressortissants dans la constitution des dossiers, notamment pour l'obtention des pièces d'état civil.
Une coopération consulaire mise à l'épreuve
Cette opération met en lumière le rôle des administrations consulaires dans la réussite d'un dispositif de régularisation : délivrance de passeports, extraits d'actes, certificats de non-antécédents. Elle illustre aussi l'interdépendance économique entre les deux rives du détroit, l'Espagne comptant sur une main-d'œuvre étrangère pour des secteurs en tension, le Maroc voyant ses ressortissants stabiliser leur situation et, avec elle, leurs transferts et leurs projets de vie.
Un dispositif contesté
La mesure suscite des critiques en Espagne, sur la capacité de l'administration à traiter un tel volume et sur sa compatibilité avec le cadre migratoire européen. Des réserves ont été exprimées à l'échelle de l'Union européenne, qui craint une contradiction avec sa propre politique. Le calendrier politique ajoute de l'incertitude : les élections législatives espagnoles sont fixées au 29 novembre, et le dispositif reste en vigueur d'ici là.
Pour les Marocains concernés comme pour les autorités des deux pays, l'enjeu est désormais celui de la mise en œuvre : rapidité de traitement, stabilité des titres délivrés et perspectives de renouvellement. Les prochaines semaines permettront de mesurer si l'opération se traduit par une insertion durable ou si elle devient un sujet de tension dans la campagne électorale espagnole.
Sources : Bladi.net, El Debate, ministère espagnol de l'Inclusion, de la Sécurité sociale et des Migrations, LesMRE.