Ecrit Par Maglor — Une note de la Direction générale des services vétérinaires algérienne, datée du 22 octobre, a suffi pour suspendre toutes les importations de bovins vivants « jusqu'à nouvel ordre ». Derrière cette décision technique se cache une question politique que le Maghreb ne peut plus esquiver : que vaut une souveraineté alimentaire qui dépend de l'extérieur pour nourrir son cheptel et sa table ?
Une décision prudente, mais révélatrice
La suspension répond à des raisons sanitaires. Des foyers de fièvre aphteuse sont signalés dans l'est du pays, des marchés à bestiaux sont fermés à Jijel et les déplacements d'animaux sont restreints à Sétif. Sur le plan sanitaire, la prudence est légitime : on ne plaisante pas avec une maladie très contagieuse du bétail. Mais la rapidité avec laquelle une note administrative peut bouleverser une filière montre à quel point celle-ci repose sur des flux importés, donc vulnérables.
Importer des animaux, importer des risques
Le commerce d'animaux vivants est un vecteur classique de propagation des maladies. Plus un pays importe, plus il s'expose, et plus il doit investir dans la surveillance, les laboratoires, la quarantaine et la traçabilité. Or ces moyens ne se décrètent pas : ils se construisent dans la durée, avec des vétérinaires formés, des équipements et des données fiables. Le Maghreb, de l'Atlantique à la Tripolitaine, partage ce défi, et pourtant chaque pays y répond seul.
Le coût social d'une crise sanitaire
Pour l'éleveur dont le marché ferme, pour le boucher qui voit les prix flamber, pour le consommateur qui arbitre entre viande et budget, la crise n'est pas abstraite. Elle se joue au quotidien et frappe d'abord les plus modestes. Les familles maghrébines d'Europe, très attentives aux prix et à la qualité de la viande, en suivent les répercussions par leurs proches restés au pays.
Ce que devraient faire les États
Premièrement, communiquer : publier des bilans sanitaires chiffrés, clairs et réguliers, pour éviter la rumeur et la spéculation. Deuxièmement, soutenir les éleveurs touchés par les restrictions, par des compensations ou des facilités de trésorerie. Troisièmement, investir dans la filière nationale, de la génétique à l'alimentation animale, pour réduire une dépendance coûteuse. Quatrièmement, ouvrir un chantier de coopération sanitaire régionale, car les virus ignorent les frontières, même fermées.
Une occasion de faire mieux
Cette crise peut rester un épisode, ou devenir un tournant. Elle rappelle que la sécurité alimentaire est aussi une affaire de vétérinaires, de logistique et de coordination, pas seulement de céréales et de gaz. Le Maghreb gagnerait à en faire un sujet de politique commune plutôt qu'une série de mesures nationales prises dans l'urgence.
Cette tribune reflète l'analyse de la rédaction à partir des informations publiées par Algérie Eco et TSA le 27 octobre 2026.