Ecrit Par Maglor — Le 20 décembre 2025 à Rabat, la Confédération africaine de football décidait d'organiser la Coupe d'Afrique des nations tous les quatre ans à partir de 2028. Moins d'un an plus tard, son président Patrice Motsepe confirme que le retour à un rythme biennal est à l'étude. Ce revirement dit beaucoup de la gouvernance du football continental.
Une réforme décidée trop vite
La décision avait été prise la veille du coup d'envoi de la CAN organisée par le Maroc, sans véritable consultation des fédérations membres, selon plusieurs observateurs. Le calendrier quadriennal était poussé de longue date par le président de la FIFA, Gianni Infantino, que la CAF avait jusque-là refusé de suivre. Une Ligue des nations africaine annuelle devait compenser la baisse de visibilité à partir de 2029.
L'argument économique, à double tranchant
La CAN génère environ 80 % des revenus de la CAF. Réduire sa fréquence, c'est donc accepter de diviser par deux la principale ressource de l'institution, en pariant sur une compétition nouvelle dont le succès commercial est incertain. Ceux qui y voient un risque ont raison de s'interroger : on ne remplace pas une marque installée depuis 1957 par un décret.
Pour beaucoup de pays, la CAN est l'unique vitrine
Pour les sélections moyennes, la CAN biennale est l'une des rares occasions de se mesurer régulièrement aux meilleures équipes du continent. Les supporters du Maghreb, de la diaspora comprise, le savent : les cafés, les places et les écrans de Paris, Lyon ou Strasbourg vibrent à chaque édition. Espacer le rendez-vous, c'est aussi appauvrir un lien populaire.
Un signe de navigation à vue
La proposition d'élargir le tournoi de 24 à 28 équipes, rejetée par le comité exécutif en février, avait déjà montré des fractures internes. Revenir sur une réforme à peine adoptée donne l'image d'une instance qui décide avant de consulter. Si l'on peut saluer la capacité à écouter, il faut aussi exiger de la méthode.
Ce que devrait faire la CAF
Trois principes s'imposent : consulter réellement les cinquante-quatre fédérations avant toute décision, publier les études financières qui justifient chaque scénario, et protéger la cohérence du calendrier international pour éviter les conflits avec les clubs. Une réforme sérieuse se construit dans la durée.
Conclusion
Qu'elle choisisse deux ou quatre ans, la CAF doit surtout restaurer la confiance. Le football africain n'a pas besoin de nouveaux revirements, mais d'une gouvernance lisible, transparente et tournée vers ses supporters. Cette tribune n'engage que son auteur.