Ecrit Par Maglor — La campagne oléicole 2026-2027 a officiellement débuté le 29 octobre en Tunisie, mais dans le gouvernorat de Zaghouan la cueillette peine à prendre son rythme. Agriculteurs et propriétaires d'huileries décrivent un démarrage lent, marqué par des prix jugés peu rémunérateurs : les olives ne dépassent pas 1 200 millimes (1,2 dinar) le kilogramme.
Un prix qui ne couvre pas les charges
Ce niveau de prix est considéré comme insuffisant, en particulier pour les exploitations dont les charges sont élevées. Les oliveraies irriguées supportent le coût de l'eau, tandis que la main-d'œuvre est rémunérée entre 35 et 40 dinars par ouvrier et par jour. Pour de nombreux producteurs, le calcul est vite fait : à ce prix, la marge est étroite, voire inexistante, une fois déduits les frais de cueillette, de transport et de trituration.
Certains agriculteurs retardent donc volontairement la récolte, dans l'espoir d'obtenir de meilleures conditions de commercialisation. D'autres, au contraire, récoltent plus tôt pour se prémunir contre les vols. C'est le cas de Lazhar Dekhlaoui, exploitant dans la délégation de Zaghouan, qui a commencé la cueillette après le vol de quantités importantes d'olives dans sa parcelle.
Chaleur et rendement en huile
Le climat joue aussi son rôle. Les fortes chaleurs ont ralenti la maturation, et les olives n'ont pas encore atteint partout le stade optimal pour la trituration. Un propriétaire d'huilerie signale par ailleurs une baisse du rendement en huile par rapport à la campagne précédente, un paramètre déterminant pour la rentabilité de toute la filière.
Des chiffres régionaux conséquents
Le gouvernorat de Zaghouan compte près de 9 millions d'oliviers répartis sur environ 63 000 hectares, dont plus de 7 000 hectares de plantations irriguées, selon les services régionaux du développement agricole. La production attendue pour la campagne en cours est estimée à environ 70 000 tonnes d'olives, soit près de 12 000 tonnes d'huile d'olive.
C'est moins que la saison précédente, qui avait donné environ 17 000 tonnes d'huile, mais nettement plus que la moyenne de la dernière décennie, établie autour de 7 000 tonnes. Autrement dit, la récolte demeure correcte sur le plan quantitatif ; c'est la rentabilité, davantage que le volume, qui inquiète les producteurs.
Une filière stratégique pour la Tunisie
L'huile d'olive est l'un des premiers produits d'exportation agricoles du pays et une source de revenus essentielle pour des milliers de familles rurales. Elle intéresse aussi directement la diaspora tunisienne, très attachée à ce produit emblématique, que ce soit pour la consommation familiale ou pour les circuits d'achat directs auprès des producteurs.
La question du prix payé aux producteurs, de l'accès au crédit et de l'encadrement des marchés sera donc suivie de près dans les semaines à venir. Plusieurs interventions publiques ont été évoquées pour soutenir les oléiculteurs, notamment des crédits avantageux. Reste à savoir si elles suffiront à relancer une campagne qui démarre dans un climat d'incertitude économique pour les agriculteurs de Zaghouan et d'ailleurs.