Ecrit Par Maglor — Kaylia Nemour a décroché deux médailles d'or aux Championnats du monde 2026 de gymnastique artistique à Rotterdam, aux barres asymétriques et à la poutre. Sacrée championne olympique aux Jeux de Paris 2024, elle publie aujourd'hui un livre, « L'Ombre de l'Or », et dit se sentir « plus forte qu'avant ». Son parcours dit beaucoup de ce que le sport raconte des liens entre la France et l'Algérie.
Un destin à cheval sur deux rives
Née en France, formée dans le système français, Kaylia Nemour porte les couleurs de l'Algérie, un pays où elle vit désormais en grande partie et dont elle aime les repères : le Jardin d'Essai, la Grande Poste, la rechta. Elle est présentée en Algérie comme la « championne olympique algérienne ». Pour beaucoup de jeunes issus de l'immigration, cette trajectoire est une source de fierté, mais aussi un miroir : celui d'une double appartenance que la société française peine encore à regarder comme une richesse.
Le rôle d'une entraîneure aux racines algériennes
La gymnaste insiste sur le rôle de sa coach, Nadia Massé, dont les racines algériennes sont mises en avant par la presse algérienne. Elle lui doit, dit-elle, « une autre perception de la gymnastique » et la confiance en elle. Cette relation entre une athlète et une entraîneure partageant une même histoire familiale illustre combien la transmission, l'écoute et la bienveillance comptent autant que la technique dans la construction d'un champion.
Une performance construite dans la durée
Après l'or de Paris, Kaylia Nemour évoque une baisse de moral et de motivation. Elle a su la surmonter. À Rotterdam, elle regrette de ne pas avoir décroché de médaille au concours général, un objectif sur lequel elle travaillait depuis un an, mais ses deux titres montrent une athlète qui a retrouvé son meilleur niveau. Elle décrit un quotidien exigeant : 25 à 30 heures d'entraînement par semaine, des nuits courtes évitées, une attention à l'alimentation et une activité physique en dehors de la gymnastique.
Ce que ce parcours nous dit
Nous aimons les médailles quand elles brillent. Nous aimons moins interroger ce qui les précède : les structures sportives, la formation, les choix de fédération, le soutien des familles. Kaylia Nemour dit elle-même que la gymnastique algérienne manque de volume d'entraînement pour les jeunes talents. Voilà qui devrait ouvrir un débat utile, bien au-delà de la gymnastique : comment les deux rives de la Méditerranée peuvent-elles mieux coopérer pour détecter, former et accompagner les jeunes sportifs d'origine maghrébine ?
L'enjeu n'est pas de se disputer une championne. Il est de construire des passerelles durables entre clubs français et fédérations maghrébines, de partager l'expertise, d'investir dans l'encadrement et de faire de la double culture un atout plutôt qu'un sujet de soupçon.
Vers Los Angeles 2028
Interrogée sur ses ambitions pour 2028, la gymnaste juge qu'il est « trop tôt » pour fixer des objectifs précis. Elle prévoit de poursuivre son travail au concours général, aux barres et à la poutre, avec les Championnats du monde 2027 et les étapes de Coupe du monde comme prochains jalons. Elle dédicace son livre ce vendredi 6 novembre, de 10 h à 11 h, au Salon international du livre d'Alger. Dans ce rendez-vous, elle conseille aux plus jeunes de « rêver grand », un message simple qui vaut pour tous les enfants du Maghreb et de sa diaspora.