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À Fès, démantèlement de « casinos » clandestins : un coup d’arrêt à un fléau social au cœur d’un quartier populaire


Hicham TOUATI 


Dans un quartier populaire de Fès, trois établissements transformés en véritables repaires de jeux d’argent clandestins ont été démantelés par les services de la police judiciaire régionale. L’opération, menée sur la base d’informations précises fournies par la Direction générale de la surveillance du territoire, met en lumière l’ampleur d’un phénomène qui, au-delà de l’illégalité, menace l’équilibre social de nombreuses familles.

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Au cœur du quartier Sahrij Gnaoua, relevant de l’arrondissement de Jnan El Ward à Fès, la vie quotidienne des habitants était depuis plusieurs mois perturbée par une activité souterraine dont les conséquences dépassaient largement les murs des établissements concernés. Derrière la façade anodine de deux cafés et d’un sous-sol discret se déroulaient en réalité des séances de jeux d’argent clandestins qui attiraient chaque jour des dizaines de joueurs, parfois mineurs, venus tenter leur chance dans des parties où les mises pouvaient atteindre dix mille dirhams.

C’est dans la nuit de vendredi que les éléments de la brigade régionale de la police judiciaire de la préfecture de police de Fès sont intervenus pour mettre un terme à ces activités illégales. L’opération a été déclenchée à la suite d’informations précises fournies par les services de la Direction générale de la surveillance du territoire (DGST), confirmant l’existence de véritables « casinos » clandestins opérant au cœur du quartier. Selon les premiers éléments de l’enquête, ces lieux étaient dirigés par un individu connu des services de police, déjà impliqué dans des affaires similaires.

Le dispositif mis en place par les forces de l’ordre a permis d’interpeller cinq personnes soupçonnées de participer à l’organisation et à la gestion de ces lieux de jeu. Plusieurs clients présents au moment de l’intervention ont également été identifiés. La perquisition des locaux a conduit à la saisie d’environ quatorze millions de centimes en espèces, ainsi que de téléviseurs et d’équipements utilisés pour organiser les parties de jeu.

Les investigations menées sur place ont mis en évidence un mode opératoire soigneusement organisé. Deux individus avaient été recrutés pour filtrer les entrées et conduire les joueurs vers un sous-sol où se déroulaient les parties. Une fois les participants installés, la porte était refermée afin de dissimuler l’activité aux regards extérieurs et d’échapper aux contrôles. Les séances de jeu commençaient généralement dans l’après-midi et se poursuivaient jusqu’aux premières heures du matin.

Pour les habitants du quartier, l’intervention des services de sécurité a été accueillie comme un véritable soulagement. « Depuis des mois, nous voyions des jeunes entrer et sortir à toute heure de la nuit. Certains revenaient le lendemain pour recommencer, parfois après avoir perdu tout leur argent », confie T. Y., commerçant installé à quelques mètres des établissements concernés. Selon lui, la présence de ces lieux clandestins alimentait un climat de tension et de détresse dans plusieurs familles du voisinage.

O. B., habitant du quartier, évoque quant à lui l’impact direct sur les adolescents. « Le plus inquiétant, c’est que certains mineurs fréquentaient ces endroits. Des parents s’inquiétaient de voir leurs enfants s’initier au jeu d’argent à un âge où ils devraient être à l’école ou avec leurs familles », explique-t-il. Cette proximité entre les réseaux clandestins et la jeunesse du quartier illustre le danger social que représente la banalisation du jeu illégal dans des zones urbaines densément peuplées.

Pour J. A., père de famille, l’existence de ces lieux constituait également une menace économique pour les ménages les plus fragiles. « Le jeu détruit des familles. Quand quelqu’un commence à perdre de grosses sommes, il cherche souvent à se refaire, et cela peut conduire à des dettes et à des conflits familiaux », souligne-t-il, rappelant que certains joueurs pouvaient miser plusieurs milliers de dirhams en une seule soirée.

Au-delà du simple délit pénal, les faits révélés par cette opération mettent en évidence un phénomène plus large où les réseaux clandestins exploitent la vulnérabilité sociale et psychologique de certains joueurs. Dans des contextes urbains où les perspectives économiques sont parfois limitées, ces lieux deviennent des espaces d’illusion où l’espoir d’un gain rapide se transforme souvent en spirale de pertes.

L’intervention des services de la police judiciaire régionale de Fès illustre, dans ce contexte, la coordination étroite entre les différents services de sécurité. Les informations fournies par la DGST ont permis d’identifier précisément les lieux et les responsables, ouvrant la voie à une opération ciblée et rapide qui a permis de mettre fin à l’activité de ces établissements clandestins.

Les cinq suspects interpellés ont été placés en garde à vue dans le cadre de l’enquête judiciaire menée sous la supervision du parquet compétent. Les investigations se poursuivent afin d’établir l’ensemble des responsabilités et de déterminer si ces activités s’inscrivaient dans un réseau plus large.

Dans le quartier Sahrij Gnaoua, la fermeture de ces lieux clandestins marque une étape importante pour les habitants qui espèrent désormais retrouver une vie de quartier plus sereine. Mais cette affaire rappelle aussi que les jeux d’argent illégaux, souvent dissimulés derrière des façades ordinaires, continuent de prospérer dans certaines zones urbaines et constituent un défi permanent pour les autorités comme pour la société.

Région
Fez - Meknès
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