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À Fès, les administrateurs pédagogiques élèvent la voix et alertent sur une école publique fragilisée


Hicham TOUATI 

Dans un climat éducatif national marqué par une tension croissante et une crispation persistante au sein de la communauté scolaire, le dossier des administrateurs pédagogiques refait surface avec vigueur. Réunis dans le cadre d’une mobilisation nationale décidée par leur conseil national, les représentants de cette catégorie professionnelle ont organisé, jeudi 5 mars 2026, une série de rassemblements régionaux à travers le Royaume. 

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À Fès, plusieurs administrateurs pédagogiques se sont réunis devant le siège de l’Académie régionale de l’éducation et de la formation de Fès-Meknès pour exprimer leur inquiétude face à ce qu’ils considèrent comme une marginalisation persistante de leur rôle au sein du système éducatif. Cette mobilisation intervient dans le prolongement de la première session du conseil national du syndicat des administrateurs pédagogiques, tenue après son premier congrès national. Dans un communiqué au ton ferme, l’instance syndicale dénonce la poursuite d’une politique d’exclusion de la part du ministère de l’Éducation nationale et l’absence d’un dialogue jugé sérieux et responsable autour des revendications de cette catégorie, pourtant centrale dans le fonctionnement quotidien des établissements scolaires.

Les administrateurs pédagogiques rappellent qu’ils constituent l’un des piliers de la gouvernance éducative. Au cœur de la gestion des établissements, ils assurent la stabilité administrative et pédagogique indispensable à la mise en œuvre des programmes et des réformes. Pourtant, selon le syndicat, ces cadres se retrouvent de plus en plus sollicités pour accomplir des tâches qui dépassent leurs attributions légales, notamment la gestion financière et administrative d’associations parallèles au sein des établissements scolaires. Cette situation, affirment-ils, s’inscrit dans un contexte plus large marqué par des dysfonctionnements structurels dans la gestion du système éducatif et par une forme d’improvisation qui fragilise les orientations de réforme pourtant consacrées par la loi-cadre 51.17.

Dans ce contexte, le syndicat s’est montré particulièrement critique à l’égard du projet des « établissements pionniers ». Selon ses responsables, la mise en œuvre de ce projet s’est faite selon une approche jugée unilatérale et verticale, empiétant sur les prérogatives de l’administration pédagogique et contribuant à brouiller les responsabilités au sein des établissements. Les représentants des administrateurs pédagogiques dénoncent également certaines décisions liées à l’octroi du label de « leadership », estimant que les critères retenus sont parfois déconnectés de la réalité du terrain et susceptibles d’alimenter des tensions au sein des communautés éducatives.

Au-delà de ces critiques, la mobilisation actuelle s’inscrit dans un programme de protestation plus large décidé par le syndicat. Celui-ci comprend notamment le boycott du projet d’établissement intégré, la suspension de toute activité liée à certaines associations internes aux établissements scolaires, ainsi que la non-participation à plusieurs réunions, formations et dispositifs de suivi liés au projet des établissements pionniers. Les administrateurs pédagogiques ont également décidé de ne plus assurer certaines tâches qu’ils considèrent étrangères à leurs missions statutaires, tout en se retirant des groupes professionnels informels de communication utilisés dans plusieurs établissements.

Lors du rassemblement organisé à Fès, Abdelmajid Benarbia, secrétaire régional du syndicat des administrateurs pédagogiques pour la région Fès-Meknès, a rappelé que ce mouvement s’inscrit dans une dynamique de protestation qui dure depuis près d’une année. Selon lui, les administrateurs pédagogiques se trouvent confrontés à une situation paradoxale : « Depuis un an, nous multiplions les protestations et les sit-in, mais les décisions continuent d’être prises de manière unilatérale, sans que notre organisation syndicale ne soit associée à la réflexion ni à l’élaboration des solutions. » Il estime que cette absence de concertation conduit à l’adoption de décisions inadaptées, qui finissent par être contestées sur le terrain.

Parmi les revendications prioritaires portées par le syndicat figurent l’instauration d’un statut particulier pour les administrateurs pédagogiques, la mise en place d’une indemnité complémentaire à la hauteur de leur responsabilité institutionnelle, ainsi que la suppression de certaines formes d’organisation interne jugées inefficaces au sein des établissements scolaires.

Le responsable syndical a également insisté sur la portée symbolique du boycott du projet d’établissement. Selon lui, le ministère conditionne l’obtention du label des établissements pionniers à l’existence d’un projet d’établissement fonctionnel. Les administrateurs pédagogiques, pour leur part, répondent par une position tout aussi ferme : « Il ne peut y avoir de projet d’établissement tant que les revendications légitimes des administrateurs pédagogiques ne sont pas prises en considération. »

Au-delà de la dimension corporatiste, Abdelmajid Benarbia a tenu à alerter sur les conséquences pédagogiques de cette crise prolongée. Il estime que la situation actuelle engendre une perte de temps à plusieurs niveaux du fonctionnement scolaire. « Aujourd’hui, nous assistons à un gaspillage du temps scolaire, du temps administratif et du temps des apprentissages. » Selon lui, les difficultés rencontrées dans certains établissements pionniers en matière d’acquisition des apprentissages fondamentaux ne peuvent être comprises sans prendre en considération l’affaiblissement progressif de la vie scolaire au sein des établissements, pourtant essentielle à la qualité de l’école publique.

Alors que le syndicat annonce déjà l’organisation prochaine d’un rassemblement national à Rabat, la mobilisation des administrateurs pédagogiques ouvre un nouveau chapitre dans les tensions qui traversent le système éducatif marocain. Entre revendications professionnelles, interrogation sur la gouvernance des réformes et inquiétudes quant à l’avenir de l’école publique, cette mobilisation rappelle que derrière les politiques éducatives se trouvent des femmes et des hommes qui, chaque jour, portent la responsabilité silencieuse de faire vivre l’institution scolaire. Reste à savoir si les prochains jours ouvriront la voie à un dialogue apaisé ou si la contestation est appelée à s’inscrire durablement dans le paysage éducatif.

Région
Fez - Meknès
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