FR AR
Partager sur :

À Fès, un forum régional scrute l’avenir de l’école marocaine après 2026


Hicham TOUATI 

C’est au Palais des congrès de Fès, le 7 avril 2026, que s’est tenu le Forum régional sur la réforme de l’éducation et de la formation, organisé par l’Académie régionale de Fès-Meknès. Alors que la feuille de route 2022‑2026 touche à son terme, cette rencontre d’ampleur a permis d’en dresser une évaluation exigeante et d’esquisser les chantiers de la décennie à venir, dans une atmosphère de réflexion collective et de volonté partagée.

En savoir plus


L’événement s’ouvre dans un contexte stratégique : celui de la dernière année de mise en œuvre de la feuille de route 2022‑2026, mais aussi de la montée en puissance de la loi‑cadre 51.17 et de la vision stratégique 2030 du Conseil supérieur de l’éducation. « Nous vivons une phase de révision, d’évaluation et de consolidation des acquis », a souligné l’inspectrice générale des affaires pédagogiques, en introduction. « Aucune réforme ne peut réussir sans l’enseignant, acteur central et créateur d’impact dans la classe », a‑t‑elle ajouté, saluant au passage le rôle des directeurs d’établissement et des inspecteurs qui accompagnent les équipes pédagogiques. Devant une assistance de plus de deux cents participants – représentants du ministère, directeurs provinciaux, chercheurs universitaires, chefs d’établissement, enseignants, experts en innovation et acteurs associatifs –, elle a appelé à « rendre l’école publique capable de se transformer quand la vision, la volonté et une gouvernance de proximité sont réunies ».

Le directeur de l’Académie régionale de Fès-Meknès a pour sa part insisté sur la dimension territoriale de la réforme : « Ce forum est une étape privilégiée pour partager le bilan du déploiement des réformes, mais aussi pour échanger sur les moyens d’élever notre système éducatif à la hauteur des ambitions royales et des exigences de la loi‑cadre. » Il a rappelé que l’élève est au cœur de la feuille de route, et que la qualité des apprentissages constitue le levier principal de l’équité et de l’égalité des chances.

Huit ateliers thématiques ont structuré les débats, chacun abordant un verrou essentiel. Le premier, consacré aux pratiques de classe et aux approches pédagogiques, a interrogé la transition du modèle transmissif vers un enseignement actif, intégrant le numérique et l’apprentissage par projet. Le deuxième atelier portait sur la gouvernance et le leadership intégré : comment donner davantage d’autonomie aux établissements tout en renforçant la responsabilité et la transparence ? La lutte contre le décrochage scolaire a fait l’objet d’une troisième session, où l’accent a été mis sur la détection précoce et les interventions sur mesure, en particulier en milieu rural. Les activités d’épanouissement et parallèles – quatrième atelier – ont été plébiscitées comme un levier d’attractivité et de réduction des inégalités, à condition de les inscrire durablement dans le projet d’établissement.

La cinquième table ronde a abordé le couplage finance‑pédagogie, soulignant la nécessité de passer d’une logique de moyens à une logique de résultats, avec des indicateurs précis. Le sixième atelier, dédié à la formation initiale et continue des acteurs, a pointé le fossé qui existe parfois entre la théorie des centres de formation et la réalité des classes : les participants ont plaidé pour un renforcement des stages pratiques et des compétences numériques. Le septième thème, la qualité de l’éducation préscolaire, a mis en lumière son rôle fondateur, tout en relevant les disparités territoriales et le besoin urgent d’encadrement qualifié. Enfin, le dernier atelier a porté sur la mobilisation sociétale et le partenariat : comment impliquer davantage les parents, la société civile et le secteur privé pour faire de l’école une véritable communauté apprenante ?

Les échanges, nourris par la diversité des profils: enseignants de terrain, cadres académiques, représentants d’associations de parents d’élèves, acteurs économiques , ont produit une série de recommandations opérationnelles. Parmi elles : la généralisation d’un guide des bonnes pratiques de classe, la mise en place d’un observatoire régional du décrochage, ou encore la création d’un label « établissement innovant » adossé à des financements sur projet.

En clôture, l’inspectrice générale a invité à ne pas considérer les acquis comme définitifs : « L’expérience des écoles pionnières montre des indicateurs positifs, notamment grâce à l’enseignement explicite et à la confiance retrouvée des élèves. Mais ce gain reste conditionné à notre capacité à le pérenniser lors du passage à l’échelle. » Le directeur de l’académie a renchéri : « Ce forum n’est pas une fin, mais un tremplin. Les propositions qui émergent ici alimenteront la feuille de route post‑2026, pour une école marocaine plus juste, plus ouverte et plus performante. »

L’initiative mérite d’être saluée : elle incarne cette intelligence collective sans laquelle aucune réforme structurelle ne peut prendre racine. Alors que le Maroc se prépare à écrire le prochain chapitre de son histoire éducative, des rencontres de cette qualité, ancrées dans les réalités régionales et ouvertes sur la société civile, sont plus que jamais nécessaires. Le pari de l’école de demain se jouera aussi dans ces moments de dialogue exigeant et d’engagement partagé.

#Éducation_Nationale #réforme_éducative #Maroc #Fès_Meknès #forum_régional #feuille_de_route_2022_2026 #loi_cadre_51.17 #inspection_générale #pédagogie #décrochage_scolaire #gouvernance_scolaire #enseignement_préscolaire #formation_des_enseignants #société_civile #innovation_pédagogique #avenir_de_l_école

Région
Fez - Meknès
Partager sur :