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Une rencontre rassemblant les inspecteurs pédagogiques de tout le royaume autour du modèle pédagogique des collèges pionniers


Hicham TOUATI 

Du 10 au 18 mai 2026, les inspecteurs des collèges pionniers se sont réunis à Fès pour un premier forum national destiné à évaluer et améliorer le dispositif phare de la feuille de route 2022-2026.

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Il est des rendez-vous que l’institution s’accorde pour ne pas céder aux sirènes de l’autosatisfaction. Du 10 au 18 mai, la capitale spirituelle du Royaume a accueilli le premier forum national des inspectrices et inspecteurs pédagogiques des collèges pionniers, rassemblés sous la bannière d’une « Construction commune et développement continu au service de l’amélioration des apprentissages ». Un conclave inédit par son ampleur, qui a vu les représentants des douze académies régionales converger vers l’Académie régionale de Fès-Meknès avec, pour feuille de route, la consolidation d’un modèle qui entend refonder l’école publique marocaine.

Le choix du moment ne doit rien au hasard. Alors que la feuille de route 2022-2026 entre dans sa dernière ligne droite, le ministère de l’Éducation nationale, du Préscolaire et des Sports a voulu une halte évaluative destinée à confronter les orientations aux réalités du terrain. Dans la salle des conférences de l’académie hôte, les allocutions se sont succédé, donnant le ton d’un débat exigeant et sans complaisance.

Mme l’Inspectrice générale des Affaires pédagogiques a, à cet égard, livré une allocution qui fera date. L’inspecteur, a-t-elle expliqué, n’est plus l’agent d’un contrôle tatillon, mais un « partenaire clé dans la conduite du changement éducatif, un mentor de la pratique professionnelle, un accompagnateur de la mue pédagogique des établissements ». Cette mue, le collège pionnier la concrétise en lui confiant des missions inédites : présence renforcée dans l’établissement, suivi des équipes enseignantes, évaluation continue des apprentissages et animation des dynamiques régionales. Une refondation discrète mais décisive, qui déplace le curseur du métier vers l’expertise pédagogique et l’accompagnement.

C’est précisément pour conjurer le spectre des difficultés scolaires que le modèle des collèges pionniers a été conçu. Mme la Directrice des Curricula de l’Enseignement secondaire, dans une intervention saluée pour sa rigueur, en a rappelé les trois piliers. D’abord, un axe pédagogique structurant, fondé sur des pratiques de classe éprouvées, un soutien intensif et des dispositifs de remédiation. Ensuite, un axe consacré à l’épanouissement des élèves et à l’instauration d’un climat scolaire positif. Enfin, la création de cellules de veille et d’accompagnement destinées à diagnostiquer précocement les fragilités, qu’elles soient scolaires ou sociales. « Le défi, aujourd’hui, ne consiste plus à savoir ce que nous voulons, mais à faire en sorte que ce que nous voulons se réalise effectivement dans la classe », a-t-elle martelé, faisant de la mise en œuvre le véritable juge de paix de la réforme.

Le directeur de l’AREF Fès-Meknès a donné le ton avec une franchise peu commune : « Nous nous trouvons à une étape charnière de la mise en œuvre du projet de réforme au niveau du cycle secondaire collégial. Nous avons besoin de cette halte pour évaluer l’étape écoulée, afin d’assurer le succès du déploiement de ce plan. » Un propos d’autant plus remarqué qu’il rompt avec le registre convenu des célébrations officielles.

Le conseiller du ministre a relayé l’engagement du cabinet à prendre en considération les recommandations qui émaneront des ateliers. Une promesse qui, de l’avis des participants, confère à l’exercice une gravité et une sincérité rares. Car l’heure n’est plus aux diagnostics abstraits : les évaluations nationales et internationales l’ont assez documenté, trop d’élèves continuent de buter sur les apprentissages fondamentaux, et le décrochage scolaire guette ceux que l’école ne parvient plus à retenir.

Pour que cette ambition prenne corps, l’organisation matérielle du forum se devait d’être irréprochable. De l’avis unanime, la mobilisation du staff de l’AREF Fès-Meknès et de l’unité centrale d’appui à la réforme a répondu à cette exigence. Une logistique fluide, des équipes techniques discrètes, l’hospitalité fassie érigée en art : les conditions d’un débat serein ont été réunies, libérant les participants des contingences quotidiennes pour les plonger dans le vif du sujet.

Dans les ateliers, la parole s’est déployée avec une liberté peu coutumière. Sous le sceau de l’anonymat, plusieurs inspecteurs ont accepté de livrer la substance de leurs échanges. « Nous n’étions pas convoqués pour recevoir des consignes, mais pour diagnostiquer collectivement ce qui grippe, à partir de cas concrets remontés des classes », confie l’un d’eux. « Les ateliers sur l’accompagnement des professeurs nous ont permis de partager des outils d’observation qui ne soient pas vécus comme une inquisition, mais comme un levier de progression. » Une inspectrice insiste sur « la pollinisation croisée entre académies, qui vaut toutes les circulaires » : face à un même obstacle, les participants ont pu confronter des solutions éprouvées dans des contextes différents et enrichir leur boîte à outils pour le soutien et la remédiation. Un autre inspecteur relève la portée symbolique de l’événement : « Organiser ce forum deux ans avant la fin de la feuille de route, c’est un signal fort : la réforme n’est pas un train qui roule à sens unique. Nous avons les mains dans le cambouis, et c’est précisément pour cela que nos correctifs sont légitimes. »

Ces voix, dénuées de toute posture, esquissent les contours d’un métier en mutation, suspendu entre l’exigence de résultats et la confiance retrouvée. Elles disent aussi l’attente d’une formation continue et de moyens à la hauteur des nouvelles missions assignées, sujets qui, de l’aveu des participants, ont été abordés sans tabou.

Alors que les forums s’achèveront le 18 mai sur la promesse de recommandations consolidées, une interrogation persiste : le laboratoire pédagogique de Fès parviendra-t-il à essaimer au-delà du cercle des collèges pionniers pour irriguer l’ensemble du cycle secondaire ? Une certitude, en tout cas, s’est imposée au fil des ateliers : entre les orientations de la tutelle et leur traduction dans la classe, un corps d’inspection déterminé a pris date, résolu à n’être plus une simple courroie de transmission, mais un acteur à part entière du récit réformateur. Une métamorphose silencieuse dont les effets pourraient, à moyen terme, reconfigurer le visage de l’école publique marocaine.

Région
Fez - Meknès
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