Hicham TOUATI
À l’heure où les menaces terroristes, la criminalité transnationale, les réseaux de traite et les flux illicites se jouent des frontières, la visite de travail effectuée à Vienne par Abdellatif Hammouchi, directeur général de la Sûreté nationale et de la Surveillance du territoire, prend une portée qui dépasse le cadre protocolaire. Du 5 au 7 mai 2026, à la tête d’une importante délégation sécuritaire marocaine, le patron du pôle DGSN-DGST a inscrit le Maroc dans un double mouvement : celui de la concertation multilatérale sous l’égide des Nations unies et celui du renforcement ciblé des partenariats bilatéraux, notamment avec l’Autriche.
Cette visite intervient dans un contexte international marqué par la recomposition des menaces sécuritaires. Le terrorisme ne se limite plus à des foyers géographiques identifiables ; il se déploie à travers des ramifications mouvantes, des espaces numériques, des réseaux criminels hybrides et des zones de tension où s’entrecroisent radicalisation, trafics, instabilité politique et vulnérabilités migratoires. C’est dans cette réalité complexe que s’inscrit la participation marocaine à la 23ᵉ réunion régionale des chefs des services de renseignement et de sécurité, organisée au Centre international de Vienne, avec pour objectif de coordonner les efforts régionaux face aux risques liés aux organisations terroristes.
À Vienne, Abdellatif Hammouchi n’a pas seulement représenté une institution sécuritaire nationale. Il a porté un modèle marocain fondé sur l’articulation entre renseignement, anticipation, coopération opérationnelle et approche préventive. Devant les responsables sécuritaires et du renseignement de plusieurs pays arabes, ainsi que de la Turquie et du Pakistan, il a exposé l’expérience marocaine en matière de lutte contre le terrorisme et l’extrémisme, tout en partageant une lecture actualisée des zones où le risque terroriste demeure actif ou en recomposition.
La portée de cette présence tient aussi à la méthode. Le Maroc ne se positionne pas uniquement comme bénéficiaire de la coopération internationale, mais comme contributeur crédible à la sécurité collective. Cette dimension est devenue l’un des marqueurs de la diplomatie sécuritaire marocaine : partager l’information, anticiper les menaces, participer aux mécanismes régionaux et entretenir des canaux de confiance avec des partenaires européens, arabes et asiatiques.
Le volet bilatéral de la visite donne à ce déplacement une importance particulière. Les entretiens entre Abdellatif Hammouchi et Sylvia Mayer, directrice générale des services autrichiens de protection de l’État et du renseignement, ont porté sur plusieurs dossiers sensibles : migration, criminalité transfrontalière, traite des êtres humains, terrorisme, extrémisme, blanchiment d’argent, trafic d’armes, trafic de stupéfiants et échange de renseignements concernant les personnes recherchées à l’échelle internationale. Ces thématiques indiquent que la coopération maroco-autrichienne ne se limite pas à un champ unique, mais embrasse tout un spectre de défis sécuritaires contemporains.
L’un des éléments les plus significatifs de cette rencontre réside dans l’appréciation exprimée par la responsable autrichienne à l’égard de l’appui fourni par la DGST. Selon les éléments communiqués, cet appui aurait contribué à déjouer des projets terroristes dangereux et à interpeller des extrémistes sur le territoire autrichien. Une telle reconnaissance, lorsqu’elle émane d’un partenaire européen, donne une indication claire sur la valeur opérationnelle accordée au renseignement marocain et sur la qualité des échanges sécuritaires établis entre Rabat et Vienne.
L’impact potentiel de cette visite pourrait donc se mesurer à plusieurs niveaux. Sur le plan bilatéral, elle est susceptible de renforcer les mécanismes d’échange d’informations entre le Maroc et l’Autriche, particulièrement dans les dossiers liés au terrorisme, aux filières criminelles et aux personnes recherchées. Sur le plan européen, elle confirme la place croissante du Maroc comme partenaire de sécurité pour des États confrontés à des menaces diffuses, souvent connectées à des réseaux internationaux. Sur le plan régional, elle consolide l’image d’un Royaume capable de dialoguer avec des partenaires de profils différents, de l’Europe centrale au Moyen-Orient, en passant par l’Asie.
Les rencontres tenues en marge avec les représentants des appareils sécuritaires du Pakistan, de la Turquie, de l’Irak et d’Oman élargissent encore la portée de ce déplacement. Elles montrent que la visite de Vienne ne s’est pas réduite à une séquence maroco-autrichienne, mais qu’elle a servi de plateforme de contacts multiples autour d’un même impératif : faire de la coopération sécuritaire un instrument d’anticipation plutôt qu’un simple mécanisme de réaction.
Dans un monde où les crises se propagent vite et où les menaces changent de forme, la sécurité n’est plus seulement affaire de moyens internes. Elle dépend de la qualité des réseaux, de la confiance entre services, de la rapidité de circulation de l’information et de la capacité à lire les signaux faibles avant qu’ils ne deviennent des crises ouvertes. C’est précisément sur ce terrain que le Maroc cherche à consolider son rôle.
La visite d’Abdellatif Hammouchi à Vienne apparaît ainsi comme un moment de confirmation : confirmation de la crédibilité du modèle sécuritaire marocain, confirmation de la densité des relations avec les partenaires européens, confirmation enfin d’une diplomatie sécuritaire devenue l’un des leviers discrets mais décisifs de la présence internationale du Royaume. Reste à voir comment cette dynamique se traduira, dans les mois à venir, en mécanismes opérationnels plus poussés, en coopérations renforcées et en réponses communes face à des menaces qui, elles, ne cessent de se réinventer.