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Au Maroc, la continuité de l’État ne se décrète pas dans l’urgence

 

Par Mohamed El bekraoui Labzioui - À lire certaines analyses récentes  publiées dans Le Monde le 6 mai, signée par Christophe Ayad et Frédéric Bobin, à partir de leur livre-enquête sur le roi Mohammed VI, on pourrait croire que le Maroc serait suspendu à une transition hypothétique, comme si le temps politique du Royaume devait se plier à des calendriers extérieurs. Cette lecture, séduisante sur le papier, passe pourtant à côté de l’essentiel : la monarchie marocaine s’inscrit dans une continuité historique et institutionnelle qui ne se réduit ni à l’immédiateté ni à la mise en scène d’un passage de relais.

Depuis plus de deux décennies, le règne de Mohammed VI a profondément transformé le pays. Réformes économiques, grands chantiers d’infrastructures, repositionnement diplomatique : le Maroc avance selon un cap stratégique assumé. Cette dynamique n’est pas celle d’un pouvoir figé, mais d’un État qui privilégie la stabilité et la cohérence à long terme.

Dans ce contexte, évoquer une transition « non engagée » relève d’un malentendu. Une monarchie n’est pas une entreprise cotée en bourse où la succession s’annonce à date fixe. Elle repose sur une logique différente : celle de la préparation progressive, discrète, maîtrisée.

Le prince héritier Moulay Hassan s’inscrit précisément dans cette logique. Sa présence croissante lors d’événements officiels, ses engagements publics et sa formation témoignent d’un apprentissage méthodique. Faut-il y voir une absence de rôle ? Ou au contraire une volonté d’éviter la précipitation et l’exposition prématurée ? Dans l’histoire des monarchies, les transitions les plus solides sont souvent celles qui se construisent sans bruit.

On reproche également au système marocain sa centralisation. Mais cette caractéristique, loin d’être une anomalie, constitue aussi un facteur de stabilité dans une région marquée par des turbulences profondes. Le Maroc a fait le choix d’un équilibre institutionnel où la monarchie joue un rôle d’arbitre et de garant, tout en accompagnant l’évolution des institutions.

Quant à l’idée d’un immobilisme, elle mérite d’être nuancée. Les transformations à l’œuvre dans le pays — qu’elles soient économiques, sociales ou territoriales — traduisent au contraire une adaptation constante. Ce mouvement ne se fait pas toujours au rythme attendu par les observateurs extérieurs, mais il répond à une réalité nationale complexe.

En définitive, la question n’est peut-être pas de savoir si la transition est « visible », mais si elle est maîtrisée. Et de ce point de vue, le Maroc semble fidèle à une ligne qui a fait sa force : avancer avec prudence, sans céder à la pression de l’instant.

À force de faire de la monarchie un ressort éditorial, certains auteurs finissent par répéter les mêmes schémas, au risque d’appauvrir le débat qu’ils prétendent enrichir. Le lecteur, lui, n’attend pas des récits prévisibles, mais une véritable profondeur d’analyse. Peut-être est-il temps de chercher ailleurs ce qui fait une œuvre durable : la rigueur, la nuance et le sens des responsabilités.
C’est d’ailleurs souvent le temps qui se charge de distinguer les analyses durables des lectures circonstancielles.
Certains commentaires finiront sans doute par se dissiper d’eux-mêmes. Comme le dit le proverbe, « la caravane passe » — encore faut-il que ceux qui prétendent l’observer prennent le temps de comprendre la direction qu’elle emprunte.

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