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Grandeur et Désillusion à la CAN2025. Par Najib Lahlou



On reconnaît la grandeur de l’âme d’une nation lorsqu’elle côtoie d’autres nations.

Il est vrai que la CAN 2025 (Coupe d’Afrique des Nations) fut exceptionnelle, mais en même temps très révélatrice, très troublante, mais aussi très salvatrice.

Elle fut exceptionnelle parce qu’elle a montré au reste du monde le véritable sens du défi des Marocains :

défi en matière de préparation des terrains et des infrastructures en un temps record (le stade Moulay Abdellah a été construit en deux ans), mais aussi défi en termes de chaleur humaine et d’hospitalité.

Du côté infrastructure, deux exemples très éloquents : 

1-Pour la première fois en Afrique, les terrains disposaient d’un système d’absorption d’eau. Malgré d’importante quantité de pluie, il n’y avait aucune flaque, et donc aucune gêne pour les joueurs.

2- des non-voyants présents au stade, pouvaient suivre les matchs grâce à un système électronique sur tablettes tactiles leur permettant de suivre, en temps réel, les déplacements des joueurs et du ballon.

Et cette innovation est le fruit exclusif des compétences marocaines.

Quant à la chaleur humaine, il n’était pas rare de voir par exemple, des taxis refuser d’être payés après avoir transporté des supporters étrangers, sans parler de la générosité des restaurants et des cafés.

Par ailleurs, on ne peut pas dire que cette CAN n’était « qu’une » manifestation sportive. En réalité, elle a été révélatrice de ce que les autres nations pensent du Royaume.

La grande majorité des pays reconnaissaient le niveau exceptionnel de l’accueil, des infrastructures et surtout de l’organisation. Mais d’autres attendaient le moindre dérapage pour transformer l’événement en échec total. Cela était perceptible dès les matchs éliminatoires, mais surtout lors de la finale.

Nous y voilà.

Mais avant d’entrer dans le vif du sujet, permettez-moi de raconter une histoire (plutôt anecdotique) rapportée sur le deuxième compagnon du Prophète, le calife Omar Ibn Al-Khattab.

Selon la tradition, un jour, alors qu’il souhaitait accomplir sa prière dans une mosquée, il confia son cheval à un enfant et il comptait le récompenser d'une somme de quatre dinars. À sa sortie, il ne trouva ni l’enfant ni le cheval. L’enfant avait disparu avec l’animal.

Omar partit alors au marché et retrouva son cheval chez un marchand, lequel lui expliqua l’avoir acheté à un enfant pour quatre dinars. Doté d’un sens aigu des notions du destin et de la responsabilité individuelle de chacun sur son propre destin, Omar conclut : le destin voulait que cet enfant gagne quatre dinars, mais celui-ci a choisi de les obtenir par la malhonnêteté.

Revenons maintenant à la finale de la CAN.

De l’avis de la grande majorité des commentateurs sportifs, l’équipe sénégalaise était nettement supérieure, tant techniquement que physiquement, à l’équipe marocaine. Logiquement et sportivement, elle méritait de battre le Maroc. Mais le sélectionneur sénégalais a choisi la pire des manières pour y parvenir — et il n’était probablement pas le seul à partager cette posture-(*).

En effet, à la 97ᵉ minute, après le temps réglementaire de la seconde mi-temps, l’écrasante majorité des commentateurs confirmait la validité du penalty sifflé. Pourtant, le sélectionneur sénégalais protesta de manière inacceptable en demandant à son équipe de quitter le terrain.

C’est alors que deux choses incroyables se sont produites.

La première fut un geste d’une élégance et d’un fair-play exceptionnels de la part des joueurs marocains. Ce sont eux qui demandèrent aux joueurs sénégalais de revenir sur le terrain. Alors qu'ils étaient en droit d'aller protester pour que la mach s'arrête et réclamer la victoire par forfait. Ils n'ont pas fait ce geste, c'est comme pour leur dire : « Oui, vous êtes peut-être meilleurs que nous, mais restez grands et élégants pour nous battre loyalement, sans gâcher cette fête. » Ce geste révèle à lui seul le fair-play grandiose des Marocains.

Malgré cela, le sélectionneur sénégalais persistait, jusqu’à ce qu’un joueur, Sadio Mané (**), parvienne à convaincre ses coéquipiers de reprendre le jeu.

Les choses auraient pu s’arrêter là, sur le terrain. Mais le pire fut les scènes de violence survenues dans les tribunes, d’autant plus douloureuses lorsqu’on sait que les supporters sénégalais sont censés être nos «frères », et que les supporters marocains avaient applaudi l'hymne nationale Sénégalaise au début de la rencontre. Il est incroyable qu’un simple événement sportif puisse ainsi faire tomber des masques.

La deuxième chose marquante se produisit lors du penalty tiré par Brahim Díaz.

Personnellement, j’ai l’intime conviction qu’inconsciemment, il ne voulait pas marquer. C'est comme pour

dire : « Nous, Marocains, sommes plus grands que cela. Nous ne voulons pas gagner une coupe alors que, sur le terrain, vous êtes probablement meilleurs. Je rate ce tir pour que le jeu se poursuive dignement et proprement. »

Cette grandeur ne m’étonne guère venant d’un enfant de la diaspora. Comme je l’ai écrit dans mon article paru en janvier 2023, La formule marocaine du succès au Qatar (***), la diaspora marocaine incarne parfois les valeurs morales du Maroc mieux que certains Marocains vivant au pays.
 

Je termine cette analyse par deux images hautement symboliques :

1- Lors de la cérémonie d’ouverture de la CAN, le Prince Moulay El Hassan est descendu sur le terrain sous

une pluie battante. C'est comme pour dire au monde entier : voici la jeunesse marocaine qui vous accueille, malgré les difficultés. Dieu sait les sacrifices et les efforts déployés par le Maroc pour être à la hauteur de ce rendez-vous sportif.

2- À l’inverse, lors de la remise du trophée à l’équipe sénégalaise, l’expression froide et désenchantée du Prince Moulay Rachid semblait porter un message clair : « Puisque vous désirez cette coupe à tout prix, la voici. Vous l’avez gagnée, mais vous avez aussi gagné mon mépris et mon dégoût . »

En guise de conclusion, je reviens à un extrait du chapitre Éducation patriotique des enfants (tome 2, Famille, de la série Notre cher Maroc, p. 61) (****): « Soyez fiers de votre patrie, de vos origines, de vos traditions millénaires et de vos valeurs sacrées. »

Tout n’est peut-être pas parfait au Maroc, mais restez fidèles à sa devise :

Allah, Al Watan, Al Malik (Dieu, Patrie, Roi).

Avec cette CAN, je complète mon message : restez fidèles à vos valeurs, mais sachez poser des limites à votre gentillesse et à votre générosité. Elles peuvent être perçues comme faiblesse, ou même fourberie.

Et surtout, ne soyez pas naïfs.

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(*) Pratiquement, tous les pays africains montraient une haine inouïe envers le Maroc et les marocains. Il y avait même des scènes de violence contre les marocains à Dakar, et même des menaces envers les étudiants marocains si jamais le Maroc remportait la CAN 

(**) Sadio Mané avait déclaré dans une conférence de presse : « Je préfère perdre la coupe que de la gagner de cette façon. » Phrase qui restera gravée dans l’histoire de cette CAN

(***) Voir l'article : Formule Marocaine du Succès du Maroc au Qatar, paru en Janvier 2023 : 

https://www.maglor.fr/tribune/la-formule-marocaine-par-najib-lahlou

(****) Voir la Série Notre Cher Maroc : Société, Famille, Travail et Diaspora, parue à partir de Juillet 2019

Najib Lahlou

Paris, le 24 janvier 2026

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