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GUERRE GEOPOLITIQUE : « REGIME CHANGE ». Par SAid Charchira

 

Alors que Washington et Téhéran menaient le 26 février 2026 des pourparlers et que les médiateurs omanais parlaient de "progrès significatifs" et que les États-Unis ont accepté de poursuivre les négociations à Vienne, ces derniers ont décidé avec leur allié Israélien d’attaquer l’Iran le 28 février 2026 malgré une percée diplomatique. Cela nous rappelle le même scenario de la guerre de 12 jours contre le même pays en juin 2025

 

Avant de continuer à développer cet article sur les grands mouvements géopolitiques qui s’accélèrent sous nos yeux et, pour lever toute équivoque, je tiens à préciser que je ne soutiens nullement le régime iranien que je considère être à côté de l’ancien régime Baath en Irak et Syrie, dictatorial, voire sanguinaire.

 

Ceci dit, s’agissant des objectifs de cette guerre, il me semble que même s’il y a une certaine convergence, les buts ultimes diffèrent. En effet, pour Israël, il ne s’agit pas seulement de finir avec la supposée menace que constitue l’Iran, mais également de provoquer, par la force, l’effondrement de l’Iran et l’installation d’un régime « ami », qui lui permettrait de s’insérer enfin au Moyen-Orient, tout en restant avec la protection des USA, la seule puissance de la région. 

 

D’ailleurs, en réponse à un journaliste qui lui demandait s’il souhaite l’installation d’un État démocratique en Iran, Trump a répondu : « Non, je dis qu’il faut un dirigeant juste et équitable, un dirigeant qui fasse du bon travail, qui traite bien les États-Unis et Israël ». Une phrase qui soulève beaucoup de critiques sur l’influence d’Israël sur la décision de Trump d’entrer en guerre. L’ancienne vedette de Fox News, Carlson et beaucoup d’autres personnes influentes, ont expliqué à ABC News que l’attaque était «absolument répugnante et diabolique » et que c’est Netanyahu qui a décidé d’entrainer Trump dans cette guerre. C’est d’ailleurs dans ce sens que l’ancien président français Jacques Chirac, aurait dit : « Je croyais qu’Israël était le 51e État des USA, mais j’ai découvert ces dernières années que les USA ne sont qu’une province que dirige Israël ».

 

La décapitation du régime Iranien en la personne du guide suprême ainsi que beaucoup de dignitaires du régime, l’encouragement et l’appui a un soulèvement éventuel des opposants servent le même objectif. En outre, dans le cadre du « grand Israël » l’État Hébreu ne vise pas seulement l’Iran, mais aussi la fragmentation de tout le Moyen-Orient pour lui permettre d’étendre son hégémonie sur l’ensemble de la région. C’est dans ce cadre que des israéliens avec quelques mercenaires ont été arrêtés alors qu’ils essayaient de mener des attaques dans les pays du Golfe pour semer le chaos, tout en les attribuant à l’Iran.

 

D’ailleurs, la déclaration de l’ambassadeur americain en Israël va dans le même sens. En effet, ce dernier a déclaré la semaine dernière à un journaliste americain : « Dieu a donné la terre du Moyen-Orient a un peuple qu’il a choisi, c’est à dire Israël ». En un mot, il légitimise la politique de colonisation d’Israël dans le cadre du « grand Israël », vieux rêve non seulement des dirigeants Israélien, mais aussi des néo-conservateurs américains.

 

Mais, jusqu’à présent et même si le pays est sous les bombardements intenses américano-israéliens, il n’y a pas encore de fracturation du régime Iranien, ni de soulèvements populaires malgré l’appel et l’appui d’Israël, qui a toujours ses pions en Iran. Pour le moment l’Iran tien bon. A rappeler, que pour le pays des mollahs, la victoire n’est pas de vaincre les USA ou Israël, ils ne le peuvent pas et n’ont pas les moyens, mais c’est d’encaisser le choc et de résister à la puissance Américano-Israélienne. 

 

D’un autre coté, en frappant les bases américaines basés dans les pays du Moyen-Orient, l’Iran veut démontrer à ces pays, que si les USA ne peuvent pas les défendre et les protéger contres ses missiles, comment ils pourraient être défendus contre Israël. Si malgré ces frappes, la situation reste calme dans ces pays, ce n’est pas le cas du Bahreïn ou le pouvoir est sunnite alors que la majorité du peuple est Chiite. Déjà des manifestations commencent à voir le jour, qui pourront s’accentuer si la guerre perdure. La situation est grave à tel point qu’il paraît que l’Arabie Saoudite envisage d’envoyer des troupes pour prêter main-forte au pays voisin. 

 

Quant aux États-Unis, s’ils partagent la même vision avec leur allié, leur objectif ultime est de rétablir de nouveau leur hégémonie contrée et fragilisée ces vingt-cinq dernières années, par l’émergence de l’axe des BRICs. Contrairement au narratif americain et Israélien, il ne s’agit pas uniquement du programme nucléaire iranien, qui a déjà fait l’objet d’un accord en 2015, avant que Trump le rende caduque, il s’agit d’une manœuvre majeure et géostratégique, qui consiste à dynamiter le processus de la montée en puissance des BRICs.

 

Quand on parle des BRICs, c’est le trio de cette dynamique qui est visé. Il s’agit évidemment de la Chine, la Russie et l’Iran qui se trouve au centre de cette dynamique économique, énergétique et stratégique. Il s’agit donc de casser ce fameux corridor de transport Nord-Sud, qui relie les routes de la soie, et qui consolide les relations de la Russie avec la Chine. C’est ce qui explique l’attaque de l’Iran comme point central, mais aussi le plus faible maillon de ce trio.

 

La déclaration cette semaine du secrétaire d’État americain à la guerre d’envoyer des bombes de forces considérables sur l’Iran est un message non seulement pour l’Iran et l’ensemble des pays du Moyen-Orient, mais surtout à la chine et la Russie. En fait, il s’agit pour les USA de passer en force, pendant qu’ils le peuvent encore, pour casser la multipolarisation et la division du monde en sphère d’influence. Le summum ultime c’est évidement la chine, son économie, sa croissance, son développement militaire, etc... Les pays qui lui fournissent l’énergie sont également visés. En un mot, les USA pratiquent la politique dite de « pure puissance ».

 

Düsseldorf, le 7 Mars 2026

Said Charchira

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