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Tribune : après Trappes, la lutte contre le racisme ne peut pas attendre le verdict psychiatrique

Illustration Maglor

Ecrit Par Maglor — Vendredi 23 octobre, à Trappes et La Verrière, dans les Yvelines, un homme a ouvert le feu. Un jeune homme de 26 ans, Pengo Bossio Wangi, est mort, et cinq autres personnes ont été grièvement blessées, dont, selon une source policière, au moins quatre portent des noms d'origine africaine ou maghrébine. Une fillette de 11 ans est hors de danger. Le parquet national antiterroriste s'est saisi de l'enquête.

Ce que l'on sait, et ce que l'on ignore

Le suspect, Kévin T., 39 ans, est en garde à vue. Le procureur national antiterroriste, Olivier Christen, a indiqué qu'il ne conteste pas les faits mais qu'il nie leur caractère raciste. Aucun tract de parti politique n'a été retrouvé dans son véhicule, a-t-il précisé, démentant des informations de presse. Un psychiatre a constaté lundi l'absence de décompensation aiguë, d'hallucinations ou de délire, et n'a pas retenu de motif d'hospitalisation sous contrainte. Selon certaines informations, il serait suivi pour schizophrénie. Ces éléments devront être éclairés par l'instruction ; ils ne permettent à ce stade ni d'écarter, ni de confirmer la dimension raciste.

Le réflexe de l'exception psychiatrique

Dès qu'un acte violent vise des personnes issues de l'immigration, un réflexe s'installe : on cherche d'abord l'explication individuelle, la maladie, l'isolement, l'accident biographique. Cette voie est légitime lorsqu'elle est établie par des experts. Mais elle ne doit pas servir à neutraliser la question collective : dans quel climat un homme choisit-il ses cibles ? Quel discours, quelles images, quels mots banalisés nourrissent le passage à l'acte ? Les rassemblements contre le racisme organisés partout en France, à Nancy et à Troyes notamment le 26 octobre, montrent que beaucoup de citoyens refusent de laisser la question en suspens.

Une inquiétude qui dépasse Trappes

Dans le même temps, une mosquée du sud de la France a reçu des messages racistes et des menaces, et un message de menace a été peint sur les murs d'un lieu de culte musulman. Pris isolément, chaque incident peut être traité comme un fait divers. Rassemblés, ils dessinent une inquiétude réelle chez des familles maghrébines qui vivent en France depuis plusieurs générations et se sentent, trop souvent, sommées de se justifier.

Ce que l'on peut exiger

Trois exigences simples peuvent faire consensus. D'abord, une enquête menée sans précipitation ni calcul politique, qui établisse les faits et les motivations. Ensuite, une parole publique responsable, qui nomme les victimes avant de débattre des étiquettes. Enfin, une protection effective des lieux de culte et des personnes menacées, assortie de poursuites systématiques contre les auteurs de menaces.

La justice dira ce qu'elle retient. En attendant, la société n'a pas à attendre un verdict psychiatrique pour réaffirmer que viser quelqu'un à cause de son origine ou de sa religion est inacceptable. C'est aussi à cette condition que la confiance se maintient entre institutions et citoyens.

Cette tribune engage la rédaction de Maglor.

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