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Pacte pour la Méditerranée : l’Union européenne réajuste sa relation avec le Maghreb

Illustration article Maglor

Ecrit Par Maglor — Lancé officiellement à Barcelone le 28 novembre 2025, le Pacte pour la Méditerranée entre dans sa phase opérationnelle. La tournée maghrébine de la commissaire européenne chargée des affaires de la Méditerranée — Maroc en septembre 2025, Tunisie début octobre 2025, Algérie les 4 et 5 mai 2026 — en a posé les jalons diplomatiques. Un an plus tard, l'exercice révèle autant les ambitions de Bruxelles que les résistances de ses partenaires du Sud.

Trente ans d'accords d'association

La relation euro-maghrébine repose sur une architecture ancienne. Les accords d'association de libre-échange ont été signés avec la Tunisie le 17 juillet 1995, avec le Maroc le 26 février 1996, et avec l'Algérie le 22 avril 2002. Ces textes ont progressivement démantelé les droits de douane sur les produits industriels, ouvrant les marchés maghrébins aux biens européens tout en maintenant des protections substantielles sur les produits agricoles au Nord.

Le bilan fait débat. Les échanges ont indéniablement augmenté, l'Europe absorbant la majeure partie des exportations maghrébines. Mais la balance commerciale demeure structurellement déséquilibrée, et l'industrialisation espérée — le fameux transfert de technologie — s'est concentrée dans quelques niches : automobile et aéronautique au Maroc, textile en Tunisie, hydrocarbures en Algérie.

Un partenaire qui négocie plus durement

Le changement de ton du côté maghrébin constitue la nouveauté la plus significative. Le Maroc, notamment, coopère volontiers avec l'Espagne en bilatéral mais estime qu'un engagement global avec l'ensemble de l'Union européenne serait déséquilibré. Cette position n'est pas un caprice diplomatique : elle reflète un calcul assumé, consistant à privilégier des relations État à État où le rapport de force est plus favorable.

Rabat dispose désormais de leviers qu'il n'avait pas dans les années 1990 : diversification de ses partenaires (Golfe, Chine, Afrique subsaharienne), positionnement sur les chaînes de valeur industrielles, et rôle central dans la gestion des flux migratoires. Alger, de son côté, adosse sa négociation à sa position gazière, devenue stratégique pour l'Europe du Sud depuis 2022.

La migration, variable omniprésente

La question migratoire traverse l'ensemble du dossier, souvent implicitement. Bruxelles souhaite renforcer la coopération en matière de contrôle des frontières et de réadmission ; les capitales maghrébines refusent d'endosser le rôle de gardiennes de la frontière extérieure européenne sans compensations substantielles — en matière de visas, d'accès au marché européen ou de financement du développement.

Ce marchandage, largement documenté, place les pays du Maghreb dans une position inconfortable. Ils sont eux-mêmes devenus pays de destination et de transit pour des migrations subsahariennes qu'ils gèrent avec des moyens limités. Accepter une externalisation des contrôles sans moyens revient à importer un problème social sans en avoir les ressources.

Ce qui se joue pour les diasporas

Pour les communautés maghrébines établies en Europe, ces négociations ne sont pas abstraites. Les régimes de visas, la mobilité des étudiants et des entrepreneurs, la reconnaissance des diplômes, la portabilité des droits sociaux et des pensions : tous ces sujets relèvent, directement ou indirectement, du cadre euro-méditerranéen.

La question de la mobilité circulaire — la capacité de circuler entre les deux rives sans perdre ses droits d'un côté ou de l'autre — reste l'angle mort de trente ans de coopération. Les accords ont libéralisé les marchandises et les capitaux bien plus que les personnes. C'est sur ce déséquilibre que se mesurera la portée réelle du Pacte pour la Méditerranée.

Sources : Commission européenne, Sénat français, presse spécialisée euro-méditerranéenne.

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