Ecrit Par Maglor — Les chiffres publiés ces dernières semaines au Maroc, en Algérie et en Tunisie racontent, sous des angles différents, une même histoire : celle d'économies dont la trajectoire dépend encore très largement de quelques ressources et d'un climat capricieux. Trois exemples, trois dépendances, un même défi.
L'Algérie, l'énergie comme moteur et comme risque
Sonatrach annonce 17 nouvelles découvertes et plus de 6 milliards de dollars investis en 2026. Ces résultats sont encourageants pour sécuriser les exportations de gaz et couvrir une demande intérieure croissante. Mais une découverte n'est pas une production, et surtout, l'économie algérienne reste adossée aux hydrocarbures. La diversification, avec des exportations hors hydrocarbures proches de 4 milliards de dollars sur huit mois, avance, mais à un rythme qui ne dispense pas d'un effort plus soutenu.
La Tunisie, le phosphate comme promesse inachevée
À mi-2026, la production tunisienne de phosphate s'établit à 1,73 million de tonnes, loin des 8,1 millions de 2010. Le plan de la CPG vise 9,4 millions de tonnes en 2035, mais les obstacles sont connus : transport, manque d'eau, tensions sociales, vétusté des équipements, dépendance du Groupe chimique tunisien aux intrants importés. Le diagnostic n'est pas nouveau ; ce qui manque, c'est une exécution crédible, financée et suivie dans la durée.
Le Maroc, la croissance au rythme de la pluie
Le HCP table sur 4,7 % de croissance au quatrième trimestre, après un rebond agricole spectaculaire au printemps. Ce résultat prouve la résilience du pays, mais il rappelle aussi qu'une bonne campagne céréalière peut masquer des faiblesses industrielles, notamment dans le textile, la chimie et l'électrique. Une croissance trop tributaire des précipitations est, par définition, instable.
Ce que ces trajectoires ont en commun
Dans les trois cas, le même enjeu se dessine : transformer des ressources, qu'il s'agisse de gaz, de phosphate ou de céréales, en valeur ajoutée locale, en emplois qualifiés et en capacité d'absorber les chocs extérieurs. Les tensions au Moyen-Orient et la volatilité des prix de l'énergie, soulignées par le HCP, sont un rappel brutal que la dépendance expose.
Un rôle pour la diaspora
Les Maghrébins de France et d'Europe ne sont pas de simples spectateurs. Par leurs transferts, leurs investissements, leurs compétences et leurs réseaux, ils peuvent contribuer à cette transformation, à condition que les États leur offrent un cadre lisible : sécurité juridique, guichets simplifiés, projets financés et gouvernés de manière transparente.
La question n'est plus de savoir si le Maghreb doit diversifier son économie, mais s'il le fera assez vite. Les prochains budgets diront si la volonté affichée se traduit en choix concrets.
Cette tribune n'engage que son auteur.